C'est bien sans conteste, au séjour dans ses murs, d'un homme dont le nom et les actions occupent encore toutes les mémoires, que le ville d'Auxonne doit aujourd'hui une bonne part de sa notoriété


 

 C ' est à deux reprises, en 1788 et 1791, que cet homme illustre qui n'était à cette époque que le jeune officier d'artillerie " Napolionne Buonaparte " a été l'hôte de la ville d'Auxonne.
("Son nom, disait-il, s'écrit (se prononce) indistinctement Bonaparte ou Buonaparte, ainsi que le savent tous les Italiens ... ").
 

(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène 16-20 août 1815)
Les états de revue et les rapports d'inspection du Régiment de La Fère le nomment, tant à Valence qu'à Auxonne, "Napolionne Buonaparte".


 
 

Il est bon de le savoir ...


Les renseignements contenus dans cette page proviennent, en partie, du petit journal « BONAPARTE à AUXONNE ».

Ce journal fut rédigé par Madame Martine Speranza, conservateur à la bibliothèque municipale à Auxonne, à l'occasion de l'exposition du bicentenaire de l'arrivée de Bonaparte à l'École d'Artillerie à Auxonne (Juin 1788-Juin 1988).

Ce petit journal, qui constitue un remarquable travail de recherche et d'analyse des sources, tant imprimées que manuscrites, fait un point très précis sur l'histoire du séjour de Bonaparte à Auxonne.
Vous le trouverez à la bibliothèque municipale d'Auxonne.

Ainsi que Madame Speranza l'indique dans ce journal  en évoquant le séjour de Bonaparte :

« Son séjour, ici, comme à Valence, a fait l'objet de maints ouvrages, des plus grandes biographies aux plus mauvaises compilations ; il a fallu tous les lire et revenir aux sources, c'est à dire aux archives militaires et civiles qui permettent de redresser les erreurs des uns et de vérifier le sérieux des autres ; mais rien n'est jamais terminé. »

"Napolionne Buonaparte", jeune collégien de 9 ans à Autun

Un buste de Napoléon Bonaparte

Buste de Napoléon Bonaparte      

De sa Corse natale, accompagné de son père Charles et de son frère Joseph, il fait sa première traversée Corse-continent en décembre 1778 ; 9 ans et demi avant son arrivée à Auxonne. Il a alors 9 ans. Quinze jours après, le 1er janvier 1779, les deux frères Bonaparte faisaient leur entrée au collège d'Autun où son frère "Joseph doit rester pour faire ses études(1)".
Son père, muni d'un certificat de pauvreté et d'une forte recommandation du comte Marbeuf au ministre de la guerre, lui obtient une place de boursier au collège royal de Brienne.
Il quitte Autun le 21 avril 1779 après un court séjour de trois mois et vingt jours où il s'est exercé à lire et à écrire le français sous la direction de l'abbé Chardon. La séparation d'avec son frère Joseph est douloureuse.
Il ne laisse s'échapper qu'une seule larme mais elle est suffisante pour montrer combien est lourde sa peine.
 

(1) Mémoires du Roi Joseph, t.I, p.26.

Boursier au collège royal de Brienne

M. de Champaux, ancien capitaine au régiment de Nice et seigneur de Thoisy-le-Désert, conduisit le jeune Napoléon en même temps que son fils à l'École royale militaire de Brienne, tenue par les religieux de l'ordre des Minimes, où son père a réussi à obtenir son admission.
Napoléon y est accueilli le 14 ou 15 mai 1779 par le Père Lélue, supérieur de l'établissement qui sera rapidement remplacé pour laxisme dans la gestion de l'établissement, par le Père Louis Berton.
Au collège, comme tous les écoliers, il avait quelques fois à subir des railleries de la part de ses camarades. Il supportait très mal celles sur la Corse et sur son origine corse. Elles avaient pour effet de renforcer un patriotisme corse déjà bien affirmé : il s'enflammait lorsqu'il entendait prononcer le nom de Paoli.

S'il est excellent dans le domaine des mathématiques, où il se fit remarquer par son intelligence, attiré par la géographie, l'histoire reste néanmoins sa matière favorite.
Le sous-inspecteur des écoles militaires, Reynaud des Monts, après sa tournée d'inspection de septembre 1784, le jugea capable d'intégrer, ainsi que quatre de ses camarades, le corps des cadets-gentilshommes de l'École militaire de Paris.
 

Brienne, aujourd'hui Brienne-le-Château, rendit hommage, tout comme Auxonne, à son illustre hôte en érigeant une statue de « Napoléon Enfant », inaugurée le 29 mai 1859.


 

Cadet-gentilhomme à l'École militaire de Paris

C'est par une lettre du 22 octobre que Louis XVI donne à ces quatre reçus « une place de cadet-gentilhomme dans la compagnie des cadets-gentilshommes établie en son École militaire ».
Le départ de Brienne pour Paris eut lieu le 30 octobre 1784 sous la conduite d'un Minime.
Cinquante-huit jeunes gens parmi tous les candidats, après avoir été soumis à la sagacité de l'examinateur Laplace, seront admis en 1785 comme lieutenants en second dans l'arme d'artillerie. Sur ces cinquante-huit, quatre sont des cadets-gentilshommes issus de l'École militaire de Paris. Bonaparte se classait 42ème et son ami intime, Des Mazis, 56ème.
Le 30 octobre 1785, les lieutenants, Bonaparte et Des Mazis quittent Paris pour Valence, où ils rejoignent le régiment de La Fère qu'ils ont tous deux choisi.
Le voyage commencé dans la diligence de Lyon, se poursuit à Chalon Sur Saône jusqu'à Lyon avec la diligence d'eau puis un bateau poste jusqu'à Valence.
 

Le Régiment de La Fère à Valence

Le régiment de La Fère où entrait Bonaparte était un des meilleurs de l'arme. La Fère était un beau régiment où la discipline était strictement respectée.
Ce régiment, au moment où servait le lieutenant en second Bonaparte se trouvait sous les ordres du colonel de Lance et du lieutenant-colonel vicomte d'Urtubie qui fut remplacé en 1788 par M. de Sappel.
Bonaparte appartenait à la cinquième brigade que commandait M. de Quintin. Comme novice, il doit faire ses preuves : il monte la garde comme simple canonnier, puis comme caporal, puis comme sergent, prend "la petite et grande semaine" occupe des emplois subalternes pendant une durée déterminée par le colonel.
Jugé suffisamment instruit par le commandant de l'École, le maréchal de camp Bouchard, il est reçu officier au mois de janvier 1786 et cette fois, c'est comme officier qu'il monte la garde. Il complète sa formation et partage son temps entre la théorie à l'école et la pratique où il profite de l'expérience des anciens.
Ses appointements qui ne dépassaient pas environ 1200 livres par an l'obligeaient à vivre chichement : d'autant plus qu'il fallait payer non seulement la chambre qu'il avait prise en ville, au premier étage de la maison Bou mais aussi une multitude d'autres menues dépenses.
La fille de M. Bou, Marie-Claudine, qui touchait la cinquantaine, esprit vif, intelligente d'une instruction élevée, obligeante et serviable, presque maternelle, se prêtait volontiers aux petits travaux de couture sur les tenues de Bonaparte.
En même temps qu'il se formait à la vie militaire, Bonaparte faisait ses débuts dans la société. S'il prit des leçons de danse et de maintien, il n'eut jamais les façons dégagées et désinvoltes d'un marquis de l'ancien régime, mais son origine Corse prévenait en sa faveur et il reçut un accueil aimable de la population.
Il fit la connaissance de trois dames. Il goûtait la conversation avec Mme du Colombier, lyonnaise de cinquante quatre ans, distinguée, spirituelle, pleine de tact. Elle avait une fille. Lui avait dix-sept ans. Il aima Melle Colombier. Mais il l'aima sans doute d'un amour très platonique et innocent. Melle Colombier épousa en 1792 un capitaine démissionnaire du régiment de Lorraine M. Garempel de Bressieux.
Melle Lauberie de Saint Germain qu'il connut à Valence fit sur lui une impression profonde.
Il aimait se déplacer à pieds. C'est ainsi qu'il faisait toutes ces visites ; tout comme en garnison à Auxonne, il n'hésitera pas à faire à pieds les 7 à 8 lieux d'un aller et retour Auxonne-Dole.
Il se languissait de la Corse. Cela faisait maintenant presque cinq ans qu'il était séparé des siens et de son pays natal et sa première année de service lui donnait droit à un semestre de congé qu'il attendait avec impatience.
Il dut avant de partir, se rendre à Lyon avec le deuxième bataillon du régiment de la Fère auquel appartenait sa compagnie, pour une réprimer une révolte des ouvriers en soie, d'ailleurs vite apaisée. Le 14 août, les militaires s'établissaient dans les faubourgs de Vaise et le 16 le prévôt des marchands proposait de renvoyer la moitié des canonniers et bombardiers de La Fère.
Bonaparte regagna Valence qu'il quitta le 1er septembre 1786. La durée des voyages avec la Corse lui donnait le droit de faire commencer son semestre avec un mois d'avance.
Le 15 septembre 1786, sept ans et neuf mois après sa première traversée, il remettait enfin à Ajaccio, les pieds sur la terre de sa chère île natale.
 

Ajaccio, Paris et retour à Ajaccio

À Ajaccio, Bonaparte se sent en charge de la famille et se consacre au service des siens.
Désireux de formuler, en personne, une requête à Paris, aux bureaux de contrôle général pour tenter d'obtenir une indemnité à laquelle sa mère aurait droit pour une plantation de mûriers, Bonaparte demande au ministre de la guerre, une prolongation de son congé pour raison de santé. Il l'obtient en fournissant un certificat de maladie due à une réelle fièvre tierce qui le tourmentait.
Il eut son congé du 16 mai au 1er décembre 1787. Le 12 septembre 1787 il s'embarquait pour la France avec l'intention de régler cette affaire d'indemnité.
À Paris, il logea à l'hôtel de Cherbourg, rue du Four-Saint-Honoré. Poussé par ses sens, il s'arrangea pour faire connaissance avec les filles. Il connut une première expérience amoureuse d'un soir, avec une nantaise rencontrée, dans une rue.
Il ne négligea pas pour autant de plaider avec une beaucoup d'ardeur, mais sans succès, la cause de sa mère.
La fin du congé allait arriver et il voulait assister aux délibérations des États de Corse où, il estimait sa présence indispensable pour y défendre les intérêts des Bonaparte.
Il demanda une seconde prolongation de son congé sans appointements, qu'il obtint du 1er décembre 1787 au 1er juin 1788.
Le 1er janvier 1788, il était de retour en Corse où il trouva sa mère qui se débattait dans une situation financière des plus difficile. « Le triste état de la famille m'a affligé » a-t-il écrit. La résolution des problèmes financiers de sa famille au centre de ses préoccupations, dans l'espoir de récupérer un peu d'argent, il passa le plupart de son temps en démarches qui restèrent vaines.
Le 1er juin 1788, il embarquait pour retrouver le régiment de la Fère.
 

Le Régiment de la Fère à l'École Royale d'Artillerie d'Auxonne

Avant d'arriver à Auxonne, le régiment de La Fère avait, sur ordre de Gribeauval, changé de garnison pour Douai où il arriva le 19 octobre 1786. En 1787, après un périple en Normandie et Bretagne pour défendre le littoral, le ministre fixe, aux 2 bataillons du régiment de La Fère, la ville d'Auxonne comme nouvelle affectation. Ils y arrivent, l'un le 19, l'autre le 25 décembre 1787.
Le maréchal de camp baron Jean-Pierre DU TEIL (né le 14 juillet 1722 à Chabon (Isère)-fusillé à Lyon le 27 février 1794) dirigeait alors l'école d'artillerie d'Auxonne. Non seulement il avait toute autorité sur le régiment attaché à son école, mais depuis 1783, le Roi lui donna aussi toute autorité sur les habitants.
C'était un excellent officier, droit et intègre peut-être rude et rébarbatif d'apparence mais au fond très bienveillant. Il était fier de son école d'Auxonne qui passait pour la meilleure du corps. On ne lui reprochait que sa sévérité.
Bonaparte arriva à Auxonne 15 juin 1788 et y retrouva le régiment de La Fère pour environ 14 mois.
Auxonne comptait à cette époque environ trois mille six cents habitants auxquels s'ajoutaient les mille deux cents hommes et officiers de la garnison. La ville était fermée de toute part par des fortifications protégées par des fossés remplis d'une eau stagnante d'où les chaleurs de l'été et les déversements d'égouts et latrines faisaient dégager une odeur pestilentielle. (Vous pouvez découvrir Auxonne entourée de ses fortifications en cliquant sur le lien ci-contre : Auxonne et ses fortifications).
Quelle impression fit Auxonne sur Bonaparte ? N'écrit-il pas dans une lettre du 29 août 1788 à l'abbé Fesch qu'Auxonne est une très petite ville. Le climat et l'insalubrité purent-ils être la cause de la fièvre qui l'assaillit les derniers mois de 1788 ?

Mais où Bonaparte était-il logé pendant sa garnison à Auxonne ?

C' est Martine Speranza, dans son journal « Bonaparte à Auxonne » qui nous apporte cette réponse :
« À Auxonne, lors de son premier séjour,  il est logé aux casernes dans le pavillon de la Ville : chambre n°16, escalier 1, 3ème étage, côté sud ».
Elle donne cette précision :
« Les États de logement en argent dû à MM. les officiers du Régiment de la Fère, logés en ville ne mentionnent aucun lieutenant en second pour les années 1788 et 1789. Bonaparte n'a donc pas été logé en ville pendant le premier séjour.
Lors de son second séjour, il occupe avec Louis, dans le même pavillon des casernes, une autre chambre : n° 10, escalier3, 2ème ètage, côté nord
 ».


La chambre de Bonaparte aux Casernes à Auxonne

La chambre de Bonaparte aux casernes lors de son deuxième séjour.

Martine Speranza cite Coston (Baron F.G.), - Biographie des premières années de Bonaparte - Paris 1840 - t-1.p.122   lorsqu'elle ajoute dans « Bonaparte à Auxonne » :
« Outre son logement au pavillon, Bonaparte eut plus tard un cabinet très retiré dans la maison Phal, chez M. Lombard, professeur de mathématiques de l'École d'Auxonne ».
Si à Valence Bonaparte payait, comme ses camarades lieutenants, sa pension au cuisinier Charles Gény qui tenait l'auberge des trois pigeons, à Auxonne, c'est encore la lecture du journal « Bonaparte à Auxonne » qui nous apporte le renseignement :
« Comme ses camarades officiers, Bonaparte prend pension chez la veuve du traiteur Dumont et mange dans la grande pièce du rez-de-chaussée qui donne sur la rue de Saône (aujourd'hui au n°5 de la rue Vauban) ».(1)
Martine Speranza, après consultation des archives de Me Caire, chez Me Lagé à Auxonne a trouvé  «  un inventaire qui nous restitue le décor : la cheminée avec crémaillère et tourne-broche, une grande armoire en noyer avec commode et tiroirs pour le linge de table, un placard et bureau formant une seule pièce, entre la fenêtre et la cheminée, pour la vaiselle, au mur deux miroirs à cadre doré et un Saint Suaire, au milieu de la pièce une grande table avec allonges et tréteaux et des chaises paillées ».

De bons professeurs pour une bonne formation

C'est pendant son séjour à Auxonne, que Bonaparte apprit solidement son métier d'artilleur. Les exercices pratiques se faisaient au polygone d'Auxonne, situé sur la plaine de Tillenay où s'effectuaient les tirs de batterie de campagne, et de siège. Deux fois par semaine en salle de cours, il entendait les capitaines parler de la construction des tranchées et des mouvements de troupe appuyés par l'artillerie.
Il fut un élève assidu de Jean-Louis Lombard, (Strasbourg 23 août 1723 - 19 avril 1794) son professeur de mathématiques. Lombard, qui passait pour le doyen des professeurs du corps royal enseignait à l'école d'Auxonne depuis quarante ans. Il publia, en 1787, des Tables de tir des canons et obusiers. Ses connaissances techniques, ses compétences pédagogiques, et sa valeur étaient reconnues et appréciées. Gribeauval reconnaissait qu'il possédait une profonde connaissance du tir des bouches à feu. Il était secondé dans sa tâche par son fils, Jean-Antoine Marie Lombard (Metz, 22 juin 1756 - Auxonne, 18 avril 1828) qui assura d'abord les fonctions de répétiteur, puis devint professeur titulaire à la mort de son père.
Bonaparte eut aussi la chance d'avoir un très bon professeur de dessin en la personne de Sébastien Collombier, (né à Herbéviller en 1757), maître de dessin. Grâce à l'enseignement de ce dernier, les officiers connurent tout des trois systèmes de Vauban, des plans de vue de plaine et de châteaux, des proportions et des règles de perspectives.
Ses aptitudes et son application aussi bien dans l'étude des mathématiques que dans l'exercice du tir lui attirèrent non seulement la sympathie doublée d'une grande considération mais aussi de l'amitié de la part de son professeur et de DU TEIL. Plus tard, Napoléon n'oublia d'ailleurs pas de témoigner sa gratitude à au général.
La question du jet des bombes par le canon préoccupait alors le général. Comment employer des bombes sans mortier ? Pouvait-on dans ce cas utiliser le canon ?
Pour le savoir, il fallait expérimenter. Du Teil nomma une commission composée entre autres, de Lombard, du capitaine Gassendi. Un seul lieutenant en second fut désigné : ce fut Bonaparte.
Les expérimentations eurent lieu les 12, 13, 18 et 19 août 1788.


Dessin montrant Bonaparte au polygone

Dessin montrant Napoléon Bonaparte au polygone

Bonaparte, le plus jeune, fut chargé de rédiger le procès-verbal. Il ressentit une grande fierté de la confiance ainsi témoignée par ses supérieurs. Il s'en ouvrit dans une lettre 29 août 1788 d'Auxonne à l'abbé Fesch, dans laquelle il écrivit :
« [...] plusieurs ouvrages qui exigent de grands calculs [...] ».
Il y reconnait que cette mission est une marque de faveur inouïe qui a quelque peu irrité les capitaines et entraîné de la jalousie de la part de ses camarades. (Lettre de Bonaparte  du 29 août 1788 d'Auxonne à l'abbé Fesch reproduite dans « Bonaparte à Auxonne »).
Le procès-verbal de Bonaparte était un modèle de concision et de précisions.
Il avait des vues personnelles sur le sujet. Il les exposa dans un mémoire qu'il rédigea en mars 1789. Voir ci-dessous Bonaparte auteur
 

Napoléon Bonaparte toujours studieux ...

Il ne s'amusait pas beaucoup. Il aurait répondu à son ami Des Mazis (ou Desmazis) - lieutenant avec lequel il entretenait des liens d'amitié depuis Paris et Valence -  qui lui reprochait de consacrer trop de temps à la lecture en citant les vers de Pope :
« plus notre esprit est fort, plus il faut qu'il agisse ;
il meurt dans le repos, il vit dans l'exercice ».
Sa soif de savoir était insatiable. Il cherchait à acquérir une vaste et grande culture. Il s'adonnait fiévreusement à l'étude. Tous les domaines l'intéressaient : l'histoire qu'il affectionnait particulièrement, la géographie, l'histoire naturelle, la philosophie et bien sûr le mathématiques.
Il fit preuve d'un esprit critique très développé et comme il lisait la plume à la main, il accompagnait souvent chacune de ses lectures de notes, de mémoires, d'analyses et de lettres.
Les dates d'écriture de ses notes, lettres, mémoires et autres écrits nous permettent de penser que c'est pendant son premier séjour de garnison à Auxonne qu'auraient pu être faites les lectures sur l'histoire, d'abord des temps antiques puis ensuite sur l'époque moderne. On y trouve : l'Histoire Ancienne de Rollin, qui traite des temps antiques, l'Histoire des Arabes sous le gouvernement des califes de l'Abbé Marigny, les Observations de Mably sur l'histoire de France, l'Histoire de Frédéric II qui l'informe des particularités du royaume de Prusse. Il s'intéressa de très près à l'histoire d'Angleterre. Figure parmi ses lectures, la traduction française de l'Histoire d'Angleterre de John Barrow qu'il résumera presque entièrement. Il voulu connaître la France de son époque. Il lit l'Espion anglais : publication dans laquelle il trouva décrite presque complètement l'état de la France. Il trouva à compléter ses informations dans les Mémoires de l'abbé Terray.
Il n'en oublia pas pour autant de former ses goûts littéraires. Il préfèra la tragédie à la comédie. Il lit Corneille, Racine qui le ravit, Voltaire qui lui plaît moins et il n'oublia pas Montesquieu. Il adora lire Rousseau. Il adhéra pleinement à ses idées. Encore que plus tard, en 1803, il ira jusqu'à le traiter de mauvais et méchant homme sans qui la France n'aurait pas eu de Révolution. Le 18 brumaire explique sans doute ce revirement. Guillaume-Thomas Raynal, (1711-1796), historien et philosophe, semble avoir sa préférence.
L'influence sur la pensée Napoléon Bonaparte de ces deux auteurs, qui affectionnaient la Corse, a eu pour effet de porter au plus haut les sentiments républicains et démocratiques qui l'animaient.
 

Napoléon Bonaparte auteur

De ses  lectures il nous a non seulement laissé ses Notes mais également des œuvres personnelles en forme de nouvelles.
L'Histoire de l'Angleterre de Barrow lui inspire le Comte d'Essex, nouvelle écrite aussi en 1789.  L'Histoire des Arabes de l'Abbé Marigny lui inspire le Masque prophète, nouvelle écrite en 1789. Son héros, Hakem, tout comme lui, exalte les peuples avant d'avoir des revers et de les conduire à l'abîme.
Les extraits tirés de l’Histoire ancienne de Rollin lui inspirent sa prosopopée sur la Constitution d'Athènes.
Les écrits techniques sur son métier d'officier artilleur ne sont pas oubliés. De ses lectures et réflexions sur les systèmes d'artillerie Vallière et Gribeauval, alors en usage à son époque (*) il nous a laissé ses Notes d'artillerie tirées du Marquis de Vallière, ses Cahiers sur l'histoire de l'artillerie et son histoire de l'artillerie. Sa recherche et son analyse personnelles sur le tir l'amènent à rédiger un :
«... mémoire sur la manière de disposer les canons pour le jet des bombes» qui fit autorité quelques années plus tard et servit à tout le corps d'artillerie.(1)
La Corse occupe encore toutes ses pensées. On peut estimer que datent de sa première période auxonnaise d'autres écrits tels que Les lettres sur la Corse qu'il soumet à M. l'Abbé Reynal, une Nouvelle Corse ou encore une Dissertation sur l'autorité royale.
 

(*) - Gribeauval (Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval) - (Faisant suite au système Vallière et malgré la controverse entre les pratiquants de l'ancien système Vallière et les promoteurs du nouveau système de Gribeauval, ce système est systématiquement utilisé depuis 1776 (à la mort de Vallière).
Bonaparte était "contre M. de Vallière pour M. de Gribeauval, « qui avait le génie de l'artillerie » ; il adhère nettement au nouveau système « qui ne laisse rien à désirer du côté de la perfection ». (A. Chuquet T. I, p. 350)
L'efficacité de ce système fut démontrée à plusieurs reprises : en particulier par Rochambeau pendant la guerre d'Indépendance américaine à la bataille de Yorktown, en 1781, contre les Anglais de Cornwallis).


 

Napoléon Bonaparte rédige "La Constitution de La Calotte du régiment de la Fère"

La Calotte, « C’était, dit M. de Roman dans ses Souvenirs d’un officier royaliste, une institution qui existait dans tous les régiments avant la Révolution et au moyen de laquelle le premier lieutenant exerçait une sorte de police sur ses camarades avec le droit, transmis pour ainsi dire par tradition, de porter la parole au nom du corps et de faire une mercuriale à celui dont la conduite méritait d’être blâmée, soit pour une action équivoque sur le point d’honneur, une conduite crapuleuse indigne d’un officier, un manque d’égards ou de politesse envers ses camarades ou toutes autres personnes, principalement les dames. »1
Les talents de penseur et de rédacteur de Bonaparte n'avaient sans doute pas échappé à ses camarades. Ils le chargèrent de rédiger un projet "de constitution de la Calotte du Régiment de la Fère".
Bonaparte pénétré de principes républicains y énonça que "... tous les membres sont égaux"... "... C’est l’Égalité dans les membres qui composent la Calotte ...", "...les deux ordres qui composent la République ...". Bonaparte emploie aussi dans ce projet de constitution des expressions comme : "... dans la main des hommes tout se corrompt ! Ainsi le monde languit aujourd’hui dans l’esclavage ...," "... Les yeux perçants de l’aigle les cent têtes d’Argus lui ...", "...pourraient jeter le navire du bien public sur quelque roche malfaisante...", "... ces scènes à la fois ridicules et barbares".
 
Le lecteur intéressé pourra prendre connaissance du texte complet du projet de constitution du régiment de La Fère rédigé par Bonaparte lors de son premier séjour à Auxonne en cliquant sur le lien suivant : Projet de constitution de la Calotte du régiment de la Fère (Document au format pdf)
 
Bonaparte remit son travail au lieutenant en premier, Vimal de La Grange et les membres de la Calotte procédèrent à la lecture en l'absence de Bonaparte.
Le vocabulaire de ce document ne s'inscrivait pas dans le contexte du milieu militaire. Il eut pour effet de provoquer, au moment de sa lecture, l'étonnement et la moquerie de ses camarades qui déclencha un mouvement d'humeur de la part de des Mazis .
Ce projet reçu néanmoins l'approbation d'un comité de trois membres nommé par la Calotte.
 

- Cité par Frédéric Masson dans Napoléon, Manuscrits inédits, Paris, 1907
- Frédéric MASSON et Guido BIAGI ont publiés les manuscrits autographes (1786-1791) de Napoléon Bonaparte d’après les originaux — PARIS — Librairie Paul Ollendorf — 1907 .
- (Manuscrit déposé à la Biblioteca Medicea Laurenziana di Firenze (Ms. Ashb. 1873/1 dans « Bonaparte à Auxonne »)


 

Mondanités auxonnaises

C'est Martine Speranza, dans "Bonaparte à Auxonne" qui nous apporte le plus de précisions. Elle nous dit en substance :
Ses études à l'école d'Artillerie, ses lectures, ses réflexions et ses écrits lui laissent néanmoins encore le temps d'entretenir des relations d'amitiés aussi bien dans le milieu militaire que dans celui de la bonne société auxonnaise où ses liens avec le professeur Lombard lui ouvrent les portes des salons de Mme de Berbis (au n°7 de la rue de Berbis), du directeur de l'Arsenal, M. Pillon d'Arquebouville, (rue du Chénois, aujourd'hui au n°2 bis de la rue Carnot) et de son maréchal de camp, le baron DU TEIL (au n°25 de la rue Thiers).
Il meuble fréquemment ses soirées chez M. Pillon d'Arquebouville, accompagné du couple Lombard, à jouer au loto dans le grand salon du rez-de-chaussée. Il entretient bien sûr d'autres liens : en particulier avec  Jean-Marie Naudin, commissaire des guerres, qui garde le souvenir des 13 années qu'il a passées en Corse.
Cette relation lui permet de rencontrer Madame Renaud pour qui il semble avoir éprouvé de l'amitié. De la relation de cœur qu'il aurait eue avec une demoiselle Manesca Pillet, et que la légende affirme qu'il aurait voulu épouser(2), Martine Speranza écrit « qu'elle n'en a pas trouvé trace ».
Il a des liens aussi, bien sûr, avec le lieutenant Des Mazis, son ami de longue date, et avec, écrit Martine Speranza : « Le capitaine Gassendi qui aime la Corse, lit Dante, Le Tasse et Rousseau et écrit des vers »
 

(Madame Martine Speranza dans « Bonaparte à Auxonne »)

 

Méditations

Napoléon Bonaparte était un grand penseur. Les lieux boisés et ombragés des alentours d'Auxonne favorisèrent son goût pour la lecture et la méditation. Il y trouva le calme et la quiétude propices à favoriser la réflexion et la maturation de ses idées.
Bonaparte, comme pratiquement tous ses contemporains est un grand marcheur. Marcher deux lieues pour se rendre sous le tilleul dit "de Sully" qui offre son ombre à l'église de Villers-Rotin depuis déjà deux siècles à l'époque de Bonaparte, puisque mis sur pied en 1601 à la naissance du dauphin, le futur Louis XIII ou encore pour se rendre à la chapelle de la Levée ou encore au hameau de La Cour dans une clairière entourée de vieux chênes est, pour lui, la chose la plus naturelle.
 

(Madame Martine Speranza dans « Bonaparte à Auxonne »)


 

Seurre
En service commandé

Une petite révolte comme le dit Bonaparte dans sa lettre (du mois de mai 1789 à son frère Joseph) eut lieu à Seurre entre négociants en grains et habitants lors du déchargement de leur bateau.
Trois compagnies du régiment de La Fère furent détachées à Seurre afin d'y rétablir l'ordre. Celles de Gassendi, Belleville, et Coquebert. Coquebert étant détaché à Charleville, Bonaparte prit le commandement de la 2ème compagnie.
Bonaparte et les hommes quittèrent Auxonne le 1er avril 1789. Il réussit à rétablir l'ordre en calmant les révoltés sans faire usage de la force : il commanda à ses soldats de charger leurs armes et s'écria à haute voix :
"Que les honnêtes gens rentrent chez eux, je ne tire que sur la canaille !".
La foule se dispersa.
Son séjour à Seurre dura deux mois.
Il profita de sa présence dans cette partie de la Bourgogne pour se rendre à Verdun sur le Doubs et à Pierre de Bresse où il fut invité à dîner au château de Mr de Bissy, le gouverneur d'Auxonne.
C'est pendant son détachement à Seurre qu'eut lieu, le 05 mai 1789, à Versailles, la réunion des États Généraux.
Il fut de retour à Auxonne le 29 mai 1789.
 

Un lieutenant du Régiment de La Fère

Un lieutenant
du Régiment de La Fère

La Révolution en marche

À Dijon, le 15 juillet 1789 une émeute éclate. Les nouvelles reçues des événements parisiens du 14 juillet échauffent les esprits auxonnais. Ce sont les 19 et 20 juillet 1789 que la Révolution produit ses premiers effets à Auxonne.
La première émeute débute le 19 juillet à trois heures de l'après-midi à l'instigation d'une cinquantaine de bateliers et portefaix mécontents de remontrances faites par le syndic de la ville et un échevin.
Ainsi qu'il le dit dans sa lettre du 22 juillet 1789 écrite d'Auxonne à son frère Joseph, la population brise les barrières des octrois et pille la maison du receveur des gabelles.
Les artilleurs du Régiment de la Fère déjà gagné par les idées insurrectionnelles n'interviennent que mollement pour rétablir le calme. Le 16 août le régiment s'insurge à son tour. Du Teil se lamente : « Les troupes ne connaissent plus l'ordre et elles vont le maintenir ! ».
Autant peut-être pour disperser les mutins que pour maintenir l'ordre, des artilleurs sont envoyés en détachements à Mâcon, Cluny et Tournus.
Bonaparte regrette ces actes d'indiscipline.
Le 23 août 1789, le Régiment de la Fère, sur la place des Casernes, en présence des représentants de la municipalité et du baron du Teil, et conformément aux décrets des États généraux, prête serment de fidélité à la Nation, au Roi et à la Loi.
Les préoccupations de Bonaparte restent bien davantage tournées vers la Corse.
Que se passe-t-il pendant ces temps troublés dans sa chère Corse ? Peut-être la Corse verra-t-elle la perspective d'une amélioration de son état ? A-t-il déjà le dessein secret d'y jouer un rôle ?
Bonaparte avait droit à partir du 1er septembre 1789 à un semestre de congé dont il comptait bien profiter. Le 21 août 1789, le ministre accordait le semestre qui devait durer du 15 octobre 1789 au 1er juin 1790, avec permission de partir un mois à l'avance.
C'est au début du mois de septembre 1789 qu'il quitta Auxonne.
 

Le dessein corse du jeune Napoléon Bonaparte

Bonaparte arriva aux derniers jours de septembre 1789 à Ajaccio où il retrouva les siens.
La situation en Corse était aussi confuse qu'en France. Les nouvelles reçues de France surexcitaient l'opinion. L'autorité exercée par des représentants du Roi excitait la haine. L'envie de restaurer un pouvoir national était fort. L'annonce du 14 juillet parisien créa un explosion générale.
Cette situation ne fit qu'exacerber la ferveur révolutionnaire de Bonaparte. Sous des sentiments patriotiques, son amour du bien public, son désir d'être utile, se cachait une ambition personnelle. Succéder à Paoli peut-être, imposer à tous le nom des Bonaparte, tel était son dessein. Nous savons qu'il fit beaucoup mieux.
Comme partout, le feu couvait sous la cendre. Il suffisait de l'attiser. D'abord à Bastia où une émeute eut lieu le 05 novembre 1789. Et Bonaparte ? Il aurait été un des principaux "chef de la cabale et même s'il se tint derrière le rideau, ce fut lui qui fit tous les ressorts de l'insurrection".
Cet événement servi de détonateur et des feux de révolte s'allumèrent un peu partout dans le pays.
Le décret du 30 novembre 1789, en intégrant la Corse à la France, et en lui donnant les même droits que les autres parties du territoire avait soulevé l'enthousiasme des foules et la grande satisfaction de Paoli.
Mais la Corse était enivrée de liberté nouvelle. Au lieu de cesser, l'agitation trouva de nouveaux développements. Les émeutes de Bastia se reproduisent plus tard à Ajaccio. Bonaparte et son frère Joseph se font remarquer par leur ardeur révolutionnaire. Les plaintes du commandant La Ferandière, d'Ajaccio exprimèrent tout ce qu'il y avait lieu de penser de la conduite de Napoléon Bonaparte : « Ce jeune officier disait-il à -la date du 26 décembre 1789- a été élevé à l'École militaire, sa sœur à Saint-Cyr, et sa mère comblée de bienfaits par le gouvernement ; il serait bien mieux à son corps car il fermente sans cesse ».
Bonaparte continua à "fermenter" toute l'année 1790.
Il se lia d'amitié avec Philippe Buonarroti et avec l'ajaccien Philippe Masseria, l'ami et le confident de Paoli, proscrit par la France, au service des Anglais. Tous les trois partageaient les mêmes convictions. Ce qui fait dire à Masseria, dans ses Mémoires, que les royalistes d'Ajaccio lui donnaient, ainsi qu'à ses deux amis Joseph et Napoléon Bonaparte le sobriquet d'anglomane.
Un prétexte de mauvaise santé appuyé par un certificat médical de complaisance lui suffit pour demander (le 16 avril) et obtenir une prolongation de quatre mois de son congé à partir du 15 juin 1790.
Paoli de retour en Corse entra le 17 juillet dans le port de Bastia. Napoléon Bonaparte était un de ceux qui briguaient l'affection du général, un de ceux que Buttafoco, député de la Corse aux États Généraux pour la noblesse, nommait ses agents et ses adorateurs.
N'ayant pu embarquer comme prévu, faute de vents favorables, Bonaparte, toujours en Corse au début janvier 1791 vit, le 6 janvier, l'ouverture, du club patriotique, du Globo patriottico. Bonaparte fut l'organe de ce Globo patriottico, dont Masseria eut la présidence. Ce club patriotique se signala par la violences de ses motions. Bonaparte ne manqua pas une séance. Son dernier acte fut la lettre à Buttaffoco.
 

La lettre à Mattéo Buttafoco

 
La maison des Milelli sur les auteurs d'Ajaccio (Juin 2007)

La maison des Bonaparte aux Milelli sur les hauteurs d'Ajaccio en Juin 2007 — (Patrimoine historique)


  Plaque commémorative de la lecture de la lettre à Mattéo Buttafoco

Plaque commémorative de la lecture de la lettre à Mattéo Buttafoco apposée façade de la casa Pô, rue Fesch à Ajaccio

Buttafoco, ce député de la noblesse, était très impopulaire en Corse. Dans les luttes politiques qui s'y déroulaient, il avait osé calomnier Paoli : le traiter de "charlatan politique, de renard qui perd ses poils mais jamais sa malice !"
Le Club Patriotique d'Ajaccio, affilié au Club des Jacobins de Paris décida que Buttafoco ne serait plus appelé que "l'infâme Buttafoco" et qu'un membre du club rédigerait une lettre dans laquelle seraient exprimés les sentiments de répulsion et d'horreur que ses compatriotes éprouvaient à son égard. Bonaparte nourri de colère contre Buttafoco en fut chargé
Il rédigea alors, dans son cabinet des Milelli (résidence des Bonaparte sur les hauteurs d'Ajaccio, voir photo ci-contre), sa fameuse lettre à Mattéo Buttafoco qu'il termina le 23 janvier 1791, juste à la fin de son séjour en Corse.
Il écrivit cette lettre avec la fougue d'un révolutionnaire, d'un jacobin mû par la haine contre l'aristocrate. D'une interminable longueur, pleine d'injures et d'exagérations, la lettre fut applaudie par le Club Patriotique d'Ajaccio qui demanda son impression qu'il fit réaliser à son retour à Auxonne chez l'imprimeur J.-F.-Xavier Joly de Dole. Paoli lui réserva un accueil beaucoup plus froid qu'il exprima dans une lettre à Bonaparte.


 

Napoléon Bonaparte de retour à Auxonne pour quatre mois

Après son congé, le jeune officier, accompagné de son frère Louis, regagna son régiment toujours en garnison à Auxonne, tenant dans ses bagages le manuscrit de la lettre destinée au député corse avec mission de la faire imprimer.
Il n'avait pas oublié de se munir des certificats élogieux sur sa conduite pendant son séjour en Corse, délivrés par la municipalité et le Directoire du district d'Ajaccio.
Il retrouva la cité Auxonnaise le 11 ou 12 février 1791.
Le colonel, M. de Lance, lui fit bien meilleur accueil que certains de ces camarades qui lui reprochèrent le comportement jacobin qu'il avait eu en Corse. Bonaparte n'oublia cependant pas de demander l'arriéré de sa solde.
Il retrouve néanmoins ses meilleurs amis et il reprend la même vie studieuse qu'il avait eue lors de son premier séjour tout en s'occupant de son frère Louis.
Ses pensées sur la Corse ne le quittèrent pas. La lettre à Buttafoco devait être imprimée. À défaut d'imprimeur sur place, il se rendit à Dole, ville distante de quatre lieues d'Auxonne, chez l'imprimeur Joseph-François-Xavier Joly. Il effectua à plusieurs reprises l'aller et retour à pieds dans la matinée afin de remettre l'original et de corriger les épreuves nécessaires à la publication de cette fameuse lettre.
Il fit aussi, accompagné du lieutenant en second Le Lieur de Ville-sur-Arce, un déplacement à Nuits Saint Georges, pour assister au mariage de son camarade le capitaine Gassendi. Il eut à y subir, en tant que démocrate, le feu de conversations animées entre royalistes et démocrates.
De Nuits Saint Georges, accompagné de Des Mazis, il poursuivit son déplacement jusqu'à Chagny et à Le Creusot-Montcenis pour visiter une fonderie de canons nouvellement construite.(1)
 

Napoléon Bonaparte quitte définitivement Auxonne

Bonaparte apprit qu'il était nommé lieutenant en premier  au 4ème Régiment d'artillerie (Régiment de Grenoble avant la nouvelle organisation de l'artillerie) qui tenait garnison à Valence. Le 14 juin 1791 il quitta Auxonne.
Il y refit une courte apparition le 8 mai 1800, pendant une halte qui ne dépassa pas deux heures. Quelques anciennes connaissances, qu'il reçut avec beaucoup de bonté vinrent le saluer.
 

(1) — Madame Martine Speranza dans « Bonaparte à Auxonne »
(2) — Manesca Pillet. Maurice Bois en fait mention dans son ouvrage « Napoléon Bonaparte lieutenant d'artillerie à Auxonne » Paris, Flammarion, 1897


 

Les passionnés de l'histoire de Napoléon Bonaparte ou de l'histoire en général, les curieux et les touristes peuvent retrouver dans notre commune des éléments, des objets ayant appartenu ou ayant fait partie de l'environnement de l'empereur alors qu'il n'était encore qu'un jeune officier du roi.
Se trouvent au musée BONAPARTE, (Musée situé dans la tour Notre Dame du Château forteresse Louis XI). :

(Le musée est actuellement fermé pour une durée indéterminée pour cause de restauration des locaux.) 

— Une équerre en bois ayant appartenu à Bonaparte avec des inscriptions de sa main,
— un fleuret de Bonaparte,
— un casse-noisette donné par Bonaparte à Melle Lepinglard,
— une pelote à épingles offerte par Bonaparte à Mme Pillon d'Arquebouville,
— un portefeuille en soie offert par Bonaparte à Mme Renaud,
— un fer de pique enlevé par Bonaparte à un émeutier en 1789.
La chambre occupée par Bonaparte lors de son deuxième séjour aux Casernes a été conservée. Elle fait partie du domaine militaire mais reste visitable.



Les visiteurs ne devront pas manquer de flâner dans la ville sur les pas du lieutenant d'artillerie Bonaparte qui devint l'empereur Napoléon Ier pour y visiter des lieux qui ont fait partie de son quotidien. C'est cette visite virtuelle que nous vous invitons à suivre ici en ouvrant une à une les pages qui vous sont proposées ci-dessus et qui, nous le souhaitons, devrait faire naître le désir de continuer la visite in-situ.

 


Édition 2014/2015