La statue de Napoléon Bonaparte qui trône au milieu de la place d'Armes depuis le 20 décembre 1857 n'attire plus les regards des auxonnais tant elle fait partie de leur environnement quotidien



 E  lle fut élevée par la ville d'Auxonne en mémoire du grand homme qui marqua son passage dans la ville par les deux séjours qu'il y fit en 1788 et 1791, alors qu'il n'était encore que Bonaparte, simple lieutenant d'artillerie en garnison au Régiment de La Fère, devenu par la suite Empereur des Français.

 
 

La statue du lieutenant Bonaparte

La statue du lieutenant Bonaparte

Cette statue de Bonaparte en bronze sculptée par François Jouffroy le représente sous les traits de la jeunesse et dans le costume d'officier d'artillerie qu'il portait alors qu'il séjournait dans notre ville.

Les quatre bas-reliefs fixés dans la pierre évoquent respectivement Bonaparte à Auxonne méditant sous un chêne près de la chapelle de la Levée, Bonaparte au pont d'Arcole, la cérémonie du sacre de Napoléon et une séance au Conseil d'État.

 

Remontons 150 ans en arrière

Le témoignage de la reconnaissance de la ville d'Auxonne à ce grand homme qui a séjourné dans ses murs n'avait point tardé. Dès le 18 Brumaire de l'an X (novembre 1801) - certainement en anniversaire de sa nomination comme consul au coup d'état du 18 brumaire an VIII  (9 novembre 1799) -, " la ville inaugurait en grande pompe le buste de Bonaparte exécuté par Larmier, professeur de sculpture à Dijon." Ce buste fut brisé par un commissaire de police en 1815.(1)

L'idée d'ériger une statue remonte à 1840. La ville d'Auxonne est alors sollicitée par la"Commission Départementale pour le monument à élever à la mémoire de Napoléon". Celle-ci demande une participation financière pour que ce projet puisse voir le jour dans la ville de Dijon. Le conseil municipal d'Auxonne, dans son assemblée du 10 août 1840, considérant que la ville dont ils sont les réprésentants a été le berceau de la carrière militaire du grand homme, pense que c'est à  Auxonne plus qu'aucune autre ville du département que revient le droit de revendiquer l'honneur de posséder en son sein le monument. Ajoutant qu'il (Bonaparte) a été, avant d'atteindre le degré de gloire où il est parvenu, le compagnon des auxonnais, leur laissant des souvenirs qui font souvent le charme de leurs conversations. Le conseil accepte de verser une somme de 5000 Francs à condition que le monument soit élevé à Auxonne. Mais ce projet reste sans suite.

Quelques années plus tard, en 1853, lors de la séance du 15 mai, le maire GIRET rappelle le séjour de Napoléon dans les murs d'Auxonne alors qu'il était simple lieutenant d'artillerie et ajoute que la population a exprimé à plusieurs reprises le désir qu'une statue soit élevée au "Grand Empereur". Ce projet n'ayant pu être réalisé car les circonstances n'étaient pas favorables, il informe que le moment est devenu propice. Ainsi, le conseil émet le vœu "qu'une statue en bronze soit élevée sur la place d'Auxonne à l'Empereur Napoléon 1er le représentant sous les traits de la jeunesse et dans le costume d'officier d'artillerie qu'il portait lors de son séjour dans cette ville. Cette proposition fût approuvée à l'unanimité et accueillie par une noble acclamation".

 

La souscription nationale lancée pour la recherche du financement reçut un écho très favorable. Beaucoup de particuliers, de communes ou de personnalités acceptèrent de participer au financement de ce projet, la ville d'Auxonne versa pour sa part 5000 F., l'Empereur Napoléon III 1000 F. et le conseil Général 3000 F.

Le 14 novembre 1855, le devis pour la construction du monument, établi par l'architecte Phal-Blando, s'élèva à 26 000 F. La statue devait avoir une hauteur de trois mètres et le piédestal sur lequel elle devait être placée devra être constitué de pierres de taille provenant de carrières de Comblanchien, choisies sans défaut et de la nature la plus homogène. Le socle, également en pierre de Comblanchien, devra supporter une grille en fer, maintenue aux huit angles par des canons en fonte d'une épaisseur d'un centimètre scellés dans la pierre. La grille devra être peinte à l'huile sur trois couches et les parties devant être dorées le seront à l'or fin. La statue et les quatre bas-reliefs seront coulés en bronze fourni par l'État, ainsi que les quatre aigles, les guirlandes et les couronnes qui ornent le socle.

Le 25 janvier 1856, l'adjudication des travaux a lieu et c'est Noël Chimier, entrepreneur de travaux publics à Dijon qui remporte le marché. Il ne se conforme malheureusement pas au cahier des charges. Le 17 juillet, une mise en demeure lui est adressée et la mise en régie des travaux est acceptée par le Préfet le 1er août.

La ville passe alors un marché avec Mr Frédéric Creusot le 19 mars 1857 pour la réalisation des sculptures : quatre guirlandes complétées des quatre consoles de l'amortissement du piédestal et quatre couronnes avec les " N " placés sur les faces du socle au dessus des amortissements. Le travail est achevé le 12 juillet. La statue, les aigles et les quatre bas reliefs sont l'œuvre du statuaire François Jouffroy, qui avait été choisi lors de la séance du conseil du 15 mai 1853 et du fondeur Charnod. François Jouffroy avait déjà sculpté en 1842 le buste en marbre de BONAPARTE Premier Consul(1) et il était l'auteur de l'œuvre réalisée en 1839 du Premier secret confié à Vénus, (musée du Louvre).

La grille, en fer forgé de 1ère qualité, fut réalisée par Mr Louis Roy de Besançon, en association avec Mr Pierre Ignard, serrurier à Auxonne.

La construction de la statue laisse apparaître un bilan financier satisfaisant puisque les recettes s' élèveront à 27 345, 10 F. et les dépenses à 26 829, 88 F.

 

L'inauguration de l'ouvrage eut lieu le dimanche 20 décembre 1857 en présence d'un bataillon du 87ème de ligne avec le colonel, le drapeau et la musique et de deux escadrons du 12ème régiment de dragons. De nombreuses personnalités y assistent parmi lesquelles le général Picard, délégué de l'empereur Napoléon III, du baron Thénard et de Monseigneur Rivet, évêque de Dijon qui célébre la messe solennelle de cette manifestation.

Une anecdote qui figure dans le compte-rendu de l'inauguration que Pierre Camp nous a rapporté montre à quel point était fort l'attachement des soldats pour leur empereur. Un vieux soldat du Premier Empire avec son uniforme du temps avait fait le déplacement à pied de Chalon-sur-Saône à Auxonne pour assister à la cérémonie et honorer la mémoire de "son" Empereur qu'il n'avait cesser d'aimer. Immobile comme un roc, comme un soldat de la Vieille Garde, il présentait les armes devant le monument.

 

Aujourd'hui, à l'exception des aigles en bronze qui ornaient le piedestal et qui n'ont pas résisté à la chute de l'empire en 1870 puisque vendus aux enchères en 1879, Napoléon 1er domine donc le place d'armes depuis 1857 et mérite bien un petit coup d'œil.


1.— (Madame Martine Speranza dans «Bonaparte à Auxonne»)

 

 

(Texte en partie tiré de l'article paru dans le bulletin municipal N°16 Édition 2000 )


Édition 2014/2015