Louis XI s'entendait à coudre la peau du lion à celle du renard
(Pierre Camp « Histoire d'Auxonne au Moyen Âge »)
 


L'Universelle "araigne" éprouve une grande méfiance vis à vis des bourguignons et fait construire trois châteaux en Bourgogne : un à Dijon, un autre à Beaune et le dernier à Auxonne.


(D'après l'ouvrage de Martine Speranza : «  Le Château d'Auxonne »)


Historique

L e 5 des nones d'octobre 1172 . C'est la date des deux premiers actes authentiques où paraît le nom d'Auxonne dans l'histoire nous dit P. Camp. Ces deux documents ont été rédigés par Étienne II, comte d'Auxonne alors qu'il séjournait dans la cité. Le premier acte concerne une donation de deux montées de sel au puits à muire de Salins qu'il offre aux moines de Citeaux. Le second acte est aussi un acte de générosité fait au profit de l'abbaye de Saint-Vivant-de-Vergy, à qui il donne, avec l'accord de sa femme Judith, la moitié de l'éminage d'Auxonne pendant sa vie et la totalité après sa mort. L'acte de donation fait aux moines de Citeaux comporte le nom de Hugo de Veilai, prévôt de la ville, et de Arpin, un médecin, tous deux cités comme témoins.
Ces documents, explique P. Camp, ont le mérite de nous indiquer que la cité avait quelque importance : un puissant baron y était installé et la cité comportait un prévôt. (P. Camp Histoire d'Auxonne au moyen Âge, p. 22).
Ce qui améne notre historien local à conclure que déja à cette époque, il devait y avoir en la ville, un château. Le premier château d'Auxonne, dit « La motte de la vieille monnaie » situé à l'emplacement de l'actuel hôpital. Il fut détruit en 1412 pour céder la place au couvent des Clarisses.

Le château forteresse

L e château qui domine la place de l'Iliote et que l'on connaît aujourd'hui est dû au roi de France Louis XI (1423-1483), ennemi juré de Charles le Téméraire, (1433-1477), duc de Bourgogne. Lorsqu' en 1477 le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, meurt devant Nancy sans héritier mâle, le roi de France, Louis XI, annexe les États bourguignons au profit de la couronne. Après un semblant de soumission, le vent de la révolte monte en Bourgogne devant cette annexion. Le roi envoie l'armée royale commandée par Charles d'Amboise chargé de mater la rébellion. Après que la ville de Dole fut brulée, détruite et ses habitants massacrés les armes a la main en mars 1479, Auxonne impressionnée par ce massacre se rend après une dizaine de jours de siège et ouvre ses portes aux soldats d'Amboise le 4 Juin 1479. Aussi bien dans le souci de se garantir des Impériaux que de s'assurer des Bourguignons dont il se méfiait, Louis XI fait alors construire, aux frais du contribuable bourguignon, trois châteaux forteresses en Bourgogne : un à Beaune, le second à Dijon et le troisième à Auxonne. L'affaire fut rondement menée. L'examen des comptes de la construction du château permet de penser que la construction commencée en 1479 était terminée en 1491, quelques années avant la signature du traité de Senlis (1493) ; traité qui réglait la succession de Charles le Téméraire et par lequel l'empereur Maximilien d'Autriche rentrait en possession du comté de Bourgogne (L'actuelle Franche-Comté) et faisait de la ville d'Auxonne une ville frontiere

Un plan ancien du château
Un plan du château de 1688

L'emplacement choisi pour sa construction répondait aux besoins stratégiques du moment. Louis XI devait surveiller les passages de Saône que les Impériaux pouvaient utiliser pour lancer des attaques sur la Bourgogne et, en même temps, il devait se méfier de la population auxonnaise. La résistance que les Auxonnais avaient opposé devant ses armées l'incitait à se mettre en position de répondre par la force à toute tentative de rebellion devant leur nouveau maître.
Le château décidé par Louis XI fut construit à l'angle sud-ouest de la ville, cent cinquante mètres plus au sud que le précédent, en bordure de Saône et face à la place de l'Iliote. Protégé sur son côté sud par les marais et sur son flanc ouest par la Saône qu'il dominait, il était pratiquement inexpugniable. La tour Notre-Dame, sa plus grosse tour faisait face à la place de l'Iliote et semblait adresser un message dissuasif à la population de la ville.

Ce château a la forme d'un pentagone d'environ 400 mètres de périmètre flanqué d'une tour à chacun de ses angles, reliées entre elles par d'épaisses courtines.

Une courtine du château
La tour du Pied-de-Biche
et la courtine côté est

Le front sud du château provient de la réutilisation de murs et de trois tours, (dites, dans leur appellation ancienne, « Maître-Jehan » « au Chault » et « de Soone ») de l'enceinte antérieure qui ceinturait la ville. Une partie du front de Saône construit un peu plus tard, au début du XVème siècle, fut maintenu et fut lui aussi intégré dans la construction pour constituer le côté ouest du château. Seule, sans qu'on n'en comprenne aujourd'hui les raisons, la tour des Moulins qui faisait partie de ce front de Saône fut démolie lors de la construction.
L'entrée du château est positionnée sur sa façade Nord et regarde la ville. Elle comporte une poterne et 2 ponts-levis destinés à franchir le fossé (aujourd'hui comblé) : un pour les piétons et un second pour les charrettes.
L es documents du XVIIIe siècle nous montrent que cette poterne était initialement protégée par un redan qui surveillait le pont dormant sur le fossé, large ici de plus de 40 mètres.
Côté sud se trouve la porte de secours. Elle était équipée à l'origine un pont levis double aujourd'hui totalement disparu.

Les Tours du château

La Tour Notre-Dame (Angle nord-est du château)

La tour Notre-Dame
La tour Notre-Dame
La tour Notre-Dame côté ville
La tour Notre-Dame côté cour intérieure


Avec ses 20 mètres de diamètre, ses 22 mètres de haut et des murs épais de 6 mètres à la base, c'est la plus grosse des tours. Située sur le front nord, elle commande l'entrée du château. C'est la seule à être encore aujourd'hui coiffée d'une toiture qui a fait l'objet d'une restauration totale qui s'est achevée en 2016.

- La tour basse et la tour haute des Moulins (Restaurées en 2015/2016)

Ce sont deux tours accolées implantées à l'angle nord-ouest du château, la tour basse fait face à la Saône.

.La Tour haute des Moulins

C'est une tour ronde, massive, de 20 m de diamètre, tournée côté ville. Elle fut construite en remplacement d'une tour précédente démolie au XVème siècle lors de la construction du château. Elle a fait l'objet d'une restauration complète achevée en 2016.


La tour basse des Moulins
La tour haute des Moulins
La tour haute des Moulins (seule)
La tour haute et la tour basse des Moulins


. La Tour basse des Moulins

Elle est tournée sur le front de Saône. On suppose que sa construction fut entreprise au début du XVIe siècle, lors des travaux de renforcement des défenses de la ville, lorsque après la signature du traité de Senlis la ville redevint ville frontière avec l'Empire. Elle se caractérise par ses pierres à bossage et par la forme de ses cannonières

La tour basse des Moulins
La tour haute des Moulins
La tour haute et la tour basse des Moulins
La tour basse des Moulins, face sud


- La Tour du Chesne (Détruite)

Elle faisait partie de l'ancienne enceinte où elle était alors appelée tour Au Chault. Elle prit le nom de tour du Chesne lors de son intégration au front sud du château, lors de la construction de ce dernier. Elle était située entre la tour de Beauregard et la tour du Pied-de-Biche. Elle fut démolie en 1831.

- La Tour de Beauregard (Angle sud-ouest du château)

La tour de Beauregard
La tour de Beauregard
La tour de Beauregard, côté ville
La tour de Beauregard côté Saône


Elle est implantée à l'angle sud-ouest du château. Elle faisait partie de l'ancienne enceinte et était anciennement appelée tour de Soone. Elle prit le nom de tour de Beauregard avec la construction du château Louis XI.

- La Tour du Pied-de-Biche (Angle sud-est du château)

La tour du Pied-de-Biche
La tour du Pied-de-Biche
La tour du Pied-de-Biche, côté ville
La tour du Pied-de-Biche côté Saône


Elle faisait partie de l'ancienne enceinte. Anciennement appelée tour Maître Jehan. Elle fut fortement renforcée lors de la construction du château Louis XI et prit sa forme ovale suite àl'adjonction d'une salle rectangulaire voutée en briques.

Auxonne au début du XVIe siècle représentée sur une tibériade

Mme Speranza nous apprend : « qu'une Tibériade du début du XVIe siècle montre une vue panaramique de la moitié de la ville. On y voit distinctement l'ensemble de l'édifice avec 4 tours couronnées de parapets et coiffées de toitures ».

Une tibériade représentant la ville d'Auxonne au début du XVIe siecle
Une tibériade représentant la ville d'Auxonne
au début du XVIe siecle
(Archives départementales de la Côte-d'Or, G 878)
Photo M. Speranza

Sur la Tibériade, présentée ci-dessus, on distingue la ville depuis la tour du Grand-Pont jusqu'au château. Les tours du château sont bien munies d'une couverture.

Pour savoir ce qu'est une TIBÉRIADE :

Topographie ou description des lieux. Ce mot dans cette signification n'est en usage qu'au Parlement de Dijon. Tiberias, Locorum descriptio, Ichnographia. Ce mot est aussi en usage dans toutes les Juridictions qui dépendent du même Parlement, où l'on appelle Tibériade, la description, les plans que l'on produit dans les procès, pour représenter et faire voir aux Juges la situation des lieux contentieux. C'est du Traité de Barthole, "de fluminibus" qu'il a intitulé "Tibériadis" (Tyberiadis), qu'on a donné le nom de Tibériade à ces descriptions. Cette définition est tirée du Dictionnaire Universel français et latin, vulgairement appelé : "Dictionnaire de Trévoux" (Année MDCCXLIII) (Bibliothèque Municipale d'Auxonne).

(voir aussi : Le dictionnaire de Trévoux sur Wikipédia )

Le système défensif du château

Cet ouvrage militaire fut conçu en tenant compte des nouveaux besoins résultant des progrès réalisés à cette époque par l'artillerie avec l'arrivée du boulet métallique. Il comporte, en remplacement des crénaux, des embrasures largement évasées vers l'extérieur pour favoriser les angles de tir

Les photos ci-dessous présentent deux ouvertures de tir de la Tour du Pied-de-Biche.

Une archere canonniere
Une archere canonniere

La canonnière présentée à gauche comporte un orifice circulaire compris dans une fente verticale. Son ébrasement est double : extérieur et intérieur.
La canonnière présentée à droite comporte un orifice circulaire compris dans une fente verticale. Son ébrasement est double : extérieur et intérieur

Dans l'enceinte du château

Dans l'enceinte du château les bâtiments appartiennent à deux époques. Parmi les bâtiments construits au début du XVIe siècle se trouve un bâtiment qui servait de logement pour le Gouverneur des Villes et Château d'Auxonne. Dans l'une des salles de ce bâtiment, on y voit une cheminée haute aux Armes de France (classée Monument Historique en 1913), dont le manteau s'orne de deux salamandres couronnées, l'emblème de François 1er. Dans le prolongement de ce bâtiment une caserne dont la façade porte de nombreux emblèmes comportant des entrelacs cordés qui datent du règne de Louis XII a été édifiée.
Un autre bâtiment fait face au premier. Il était en projet sur un plan de 1688. Notre historien local, Pierre Camp le date de la fin du XVIIe siècle.

 
  Il est le seul château qui subsite encore sur les 3 châteaux que Louis XI fit construire en Bourgogne.
Les courtines, les tours et la porterie ont fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques. Des travaux de réhabilitation ont été effectués en 2015 et 2016.
Les passionnés comme les curieux de l'architecture militaire et de l'histoire du château trouveront dans l'ouvrage de Martine Speranza intitulé «Le Château d'Auxonne» tous les détails de sa construction et de son évolution au fil des siècles.
Bonaparte se rendait souvent au château où il rendait visite à l'agent comptable des vivres, qui y occupait un logement de fonction et possédait une importante bibliothèque. Il était d'ailleurs de garde au château le 22 juillet 1789, lorsque se produisirent, à Auxonne, les premières émeutes annonciatrices de la révolution. Voir lettre de ( Bonaparte à Joseph du 22 juillet 1789).
Dans l'enceinte du château, le musée Bonaparte, installé dans la tour Notre-Dame, conserve des souvenirs du séjour de Bonaparte à Auxonne. Ce musée est actuellement fermé pour causes de travaux.

Voir l'opuscule écrit par Martine Sperenza, « Le Château d'Auxonne », imprimerie Darantière, (10 pages) in Mémoires de la Commission des Antiquités du Département de la Côte d'Or, t. XXXV, 1987-1989.

Édition 2016