I  l est tout à fait légitime pour un individu de vouloir retrouver ses racines. Ce désir a la même légitimité lorsqu'il s'agit d'une ville. Auxonne, —et c'est heureux— n'a pas échappé à la règle. L'individu comme la cité, en retire une fierté qui se mesure à la profondeur du temps dans lequel plongent les racines.
Les historiens et érudits se sont penchés sur le berceau de la ville.
La tâche est difficile. Les textes rares.
Il est généralement admis que le nom d'Auxonne apparaît pour la première fois dans la "Chronique de Saint-Pierre de Bèze". Ce texte est écrit par un religieux de cette abbaye dont on ne connaît que le prénom : Jean. Ce Jean termine le récit de sa Chronique en 1135. Précisons que les faits concernant le passage dans lequel aurait été écrit le nom d'Auxonne se sont déroulés à l'époque de Dagobert (Vers 630, quelques 500 ans auparavant).




Extrait (en latin) de la Chronique de Bèze faisant mention d'"Assona" :

"His ita digestis, descriptaque Besuensis Monasterii constructione, quoniam de alio loco superius fecimus mentionem, quem in Ducatu suo Amalgarius ædificavit, ubi et filiam suam Adalsindam santimonialibus Abbatisam prœfecit, dicendum æqum putamus ubi sit locus, et qui vocatus, quibus appenditiis ditatus, ut ibi Deo Servientibus victus non defuerit atque vestitus. Est locus haut longe a Vesontiensi civitate super fluvium, Dubium appellatum, ipsius fluvii intercursu tantum a civitate sejunctus, ex alia vero parte habeno montem vocatum Wandalenum, a nomine Wandalorum, qui ibi castrum habuerunt, ut antiqui incolæ dicunt. Dornatiacus dicitur, qui et Virzllias, in honorem santi Martini consecratam habens Ecclesiam, quem Amalgarius Dux filiæ suæ Adasindæ donavit; et ut sub ejus regimine regulariter ibi viverent, congregationem sanctimonialium constituens, de propins rebus donationem fecit. Villam Scilicet quæ Assona vocatur, Villam Parnatiacum, Villam Potentiacum et mediatem quam in Balatunna possidere videbatur."

 C  ette chronique relate, entre autres, le don fait par un duc mérovingien de Basse Bourgogne (Basse Bourgogne en opposition avec la Haute Bourgogne ou Bourgogne cisjurane) nommé Amalgaire au monastère de Dornatiacum (ce nom de Dornatiacum a été traduit par Brégille près de Besançon) pour sa fille Adalsinda et à Bèze pour son fils Waldalenus. Ce texte fait apparaître dans la donation au monastère de Brégille le nom d'"Assona".
Si les textes latins de cette époque semblent se traduire par les spécialistes sans soulever trop de contestation, il n'en est pas de même pour la traduction des noms propres. C'est ce que nous explique Pierre Camp, le plus contemporain de nos historiens, dans son ouvrage "Histoire d'Auxonne au Moyen-Âge". Le nom "Assona" mentionné dans la Chronique de Bèze a été traduit par "Auxonne" par les éditeurs de cette chronique : M. l'abbé E. Bougaud (vicaire Général d'Orléans) et M. Joseph Garnier (archiviste du département de la Côte d'Or). Une deuxième source provenant du dictionnaire topographique d'Alphonse Roserot aurait fait la même traduction.
Pierre Camp n'adhère pas à cette traduction d'"Assona" en Auxonne. Pas plus d'ailleurs à la traduction des autres localités qu'il juge artificieuse.
Pour appuyer son raisonnement il trouve, pour les autres localités citées dans la Chronique, une traduction des noms latins pouvant correspondre à des noms de localités toutes situées à proximité de Besançon.
Ainsi, selon cet auteur, on aurait tout aussi bien pu traduire "Assona" en "Auxon" (Localité du canton d'Audeux près de Besançon). De même Panatiacum qui devient Peintre avec Bougaud et Garnier aurait pu être traduit par "Pagney". Ces éléments sont déjà suffisants pour faire naître le doute qui n'autorise plus d'affirmer qu'il s'agisse bien d'Auxonne dont il est question dans la Chronique de Bèze.
Un deuxième élément, toujours présenté par P. Camp vient appuyer cette incertitude. En 652, Adalsinda contrainte de quitter son monastère de Brégille en fit don au monastère de Bèze. L'abbé Waldalenus fit dresser un inventaire des biens. Un diplôme royal d'août 664 garantit la possession des biens à Bèze. (P. Camp indique la source : "Monumenta Germaniæ historica Diplomata I., n° 42, août 664"). Or ce diplôme royal ne mentionne pas le transfert de propriété fait par Adalsinda à Bèze en 652 et "les noms d'"Assona" et des villages compris dans la dotation de Brégille sont absents du document" écrit-il dans son "Histoire d'Auxonne au Moyen-Age".

En l'absence de certitude il serait pas honnête de faire remonter la première mention du nom "Auxonne" à cette Chronique de Bèze.
Il nous faut donc replacer Auxonne dans la nuit du Haut Moyen Âge et attendre encore quelques siècles avant de voir apparaître le nom de la cité dans les textes.



SOURCES :
- Chronique de Bèze - Page 237. la note de bas de page N°5 donne la traduction "Assona" en "Auxonne".
À noter que "Balatunna" est désignée comme localitée inconnue par les éditeurs de l'ouvrage.(Note de bas de page N°8).
- "Histoire d'Auxonne au Moyen Âge" de Pierre Camp.


 

Édition 2009