L' œuvre d'unification de trois grands carolingiens avait jusqu'ici
préservé l'unité territoriale du vieux royaume burgonde.
L'application de la loi franque qui voulait que chaque fils reçoive en héritage une part du royaume
allait, de division en division, conduire la grand empire à sa perte et le regnum Burgundiae
allait y perdre définitivement son unité.
Du vivant de Charlemagne déjà, en 806, à Thionville, la Burgondie avait déjà subit une première division,
mais restée toute théorique. Le grand Charlemagne se sentant vieillir avait rédigé une charte de
partage prévoyant la division de son royaume entre ses trois fils, Charles, Pépin et Louis. Entre autres
domaines, les terres de l'Avallonnais, du Nivernais, de l'Auxois, les villes de Chalon, Mâcon et Lyon,
la Burgondie méridionale et la Provence échurent à Louis qui les ajouta au royaume qu'il possédait déjà.
Puis, ses frères étant morts, -Pépin en 810, Charles en 811-, Louis, en tant que dernier fils légitime,
reçut solennellement lors d'une assemblée tenue à Aix en 813 la couronne qui lui revenait.
La mort de Charlemagne survint peu après, -le 28 janvier 814-. Louis, surnommé le Pieux(1)
ou le Débonnaire ou encore le Faible, prit en charge l'immense fardeau de l'héritage.
Trois années seulement après sa prise de pouvoir, en juillet 817, avec la volonté clairement
édictée de préserver l'unité de l'Empire, Louis le Pieux , annonça tout à coup qu'il
ne paraissait pas convenable, "à lui ni à ceux qui pensaient sagement, de rompre, pour l'amour
de ses fils et par la volonté humaine, l'unité de l'Empire, conservée par Dieu même"
et qu'il était résolu d'associer un de ses fils au trône royal. Il fit couronner Lothaire (Lothaire Ier
) empereur
et ses frères, Pépin (Pépin Ier) et Louis (Louis II) furent couronnés rois,
"afin qu'ils régnassent après la mort de leur
père sous leur frère et seigneur Lothaire … ".
À Pépin, deuxième fils de Louis, revinrent l'Aquitaine, la Wasconie, la marche de Toulouse,
le comté de Carcassonne et la Septimanie, ainsi que les comtés d'Autun, d'Avallon et de Nevers. Louis, le troisième
fils, reçut la Bavière et des terres à l'est de la Bavière. Tout le reste de la Gaule et de la Germanie
et la seigneurie d'Italie furent donnés à Lothaire. Louis pensait avoir réglé sa succession au mieux des intérêts du royaume
et de ses enfants.
C'était sans compter que le destin pouvait bouleverser les plans les mieux établis.
La remise en cause du partage fut le fait même de son concepteur.
La reine Hermengarde, épouse de Louis, étant morte, sur la demande
pressante des siens, l'empereur épousa en seconde noce Judith. L'arrivée possible d'un fils, un compétiteur,
pouvant remettre en cause le partage de 817 qu'ils tenaient définitif fut déjà source d'inquiétude
de la part des trois fils. Quatre ans après, le 13 juin 823 naissait Charles qui fut Charles le Chauve(2).
En 829, cédant aux injonctions de sa femme, avec le consentement arraché à Lothaire par Judith,
Louis se décidait à tailler un royaume à son dernier-né en le proclamant roi d'Allémanie. Il lui donnait,
entre autres, la Burgondie transjurane et l'Alsace. C'était une violation du pacte solennel de 817.
Elle allait déchaîner des tempêtes. Dès lors, se succéderont les conflits familiaux : d'abord les enfants
contre le père, puis ce dernier décédé, les combats deviendront des luttes fratricides.
C'est Lothaire le premier qui, mécontent, ligua ses frères et tous les grands exaspérés par le
parjure de l'empereur.
Le faible empereur confia sa défense à l'arrogant duc Bernard, duc de Septimanie possessionné en Burgondie,
qui par ses maladresses successives ne fit que qu'amplifier le mécontentement général. Le bruit couru qu'il était
l'amant de Judith. On le nommait le tyran adultère. L'explosion était proche. Les défections des partisans
de l'empereur si nombreuses que finalement il retrouva isolé face à ses détracteurs lorsqu'elle se produisit.
Louis le Pieux courba la tête ; Bernard fut renvoyé dans son duché et l'impératrice conduite au couvent.
Louis le Pieux sur le point d'être destitué, fut néanmoins sauvé par la désapprobation de quelques grands qui ne voulurent
pas se prêter à une si odieuse violence, mais il perdit pour un temps son autorité au profit de Lothaire.
Le gouvernement de Lothaire ne fit pas l'unanimité parmi les grands et souleva des oppositions de plus en
plus vives. L'étoile du vieil empereur recommençait à briller. Lothaire comprit que son intérêt lui commandait
de faire pénitence et il se soumit humblement à son père. L'empereur Louis le Pieux fut restauré dans sa dignité.
Judith sortit aussitôt de son couvent. Elle ressaisit toute sa puissance. Devant une assemblée tenue à Aix en 831,
elle distribua récompenses aux repentis et punitions aux coupables. Pépin possédait déjà trois comtés en Bourgogne
(Autun, Nevers, Avallon), s'y ajoutèrent neuf autres (comtés ou pagus) : l'Auxerrois, le Sénonais, le Melunais, le Gâtinais,
l'Etampois, le Parisis, le Châtrais, l'Orléanais et le Blésois. Tout le reste de la Burgondie : Troiesin, Brenois,
Barrois, Bolenois, Bassigny, Langrois, Lassois, Tonnerrois, Mémontais, Dijonnais, Atuyer, Duesmois, Auxois, Beaunois,
Chaunois, Mâconnais, Lyonnais, Viennois, Valentinois, Sermorens, Graisivaudan, Briantin, Maurienne, Savoie, Tarentaise,
Genevois, Valais, Vaud, Escuens, Amous, Varais, Ajoye, Portois, Chaumontois, Saintois, Toulois, Soulossois, Blois, Ornois,
Barrois (de la Meuse), Perthois et Blaisois, rentrent dans le royaume de Charles.
Lothaire fut le banni du moment.
Vous pouvez cliquer sur ce lien pour faire apparaître la carte des "pagi" bourguignons (au neuvième siècle).

E n 832 une nouvelle coalition menée par Lothaire se forma.
Les trois frères menacèrent militairement leur père.
Ils opèrèrent la jonction de leur armée dans la vaste plaine de Rothfeld(3) près de Colmar). La tentative de
conciliation de pape Grégoire IV venu d'Italie tourna court. Sans combattre, l'empereur Louis se rendit. Une assemblée
le déchut et déclara Lothaire empereur. Afin d'éviter un retour possible au trône, Lothaire fit confirmer cette
déchéance en imposant à son père une odieuse cérémonie de pénitence publique au monastère de Saint Médard près de Soissons.
La compassion née de cette odieuse déposition fit à nouveau grossir le nombre des partisans de Louis.
Dans les rangs de ses partisans se comptèrent Louis le Germanique et Pépin qui ne pouvaient souffrir la suprématie de leur frère.
Se joignit à eux le puissant comte burgonde Guérin (ou Warin), soutenu par le peuple de Bourgogne, qui rassemblait sous son pouvoir
les comtés de Mâcon, Chalon et Autun, et probablement aussi l'Auxois. Ligués, ils mirent en échec Lothaire
qui retraita précipitamment à Vienne sur ses terres bourguignonnes et restaurèrent le vieil empereur dans la dignité impériale.
Une infortune des gens de Louis sur les marches de Bretagne redonna espoir à Lothaire qui reprit la lutte.
De Vienne il remonta le Rhône et la Saône avec une armée considérable.
Il infliga au passage une correction au comte Guérin,
partisan du vieil empereur, en l'attaquant dans sa ville de Chalon-Sur-Saône.
Après de furieux combats, il s'empara de la
ville, la laissa piller et livrer aux flammes. Les défenseurs furent condamnés à être décapités. Il fit noyer la moniale
Gerberge, fille de Bernard en jetant dans la Saône le tonneau dans lequel il l'avait mise. Il épargna le supplice à Guérin sous
condition d'un serment de fidélité.
La mort de Pépin roi d'Aquitaine en 838 provoqua, —sans doute à l'instigation de Judith qui voyait là un intérêt
à pousser la réconciliation avec Lothaire en fonction du soutien qu'il pourrait lui apporter après la fin du vieil empereur—,
un nouveau partage destiné à dépouiller les fils de Pépin et à punir Louis le Germanique en ne lui laissant que la Bavière.
Invité à se rendre vers son père, Lothaire le rejoignit à Worms le 30 mai 839.
Louis lui proposa de diviser
l'empire en deux parties ; une réservée à Lothaire, l'autre réservée à Charles.
La limite tracée lors de ce partage déchira le territoire burgonde, comme une plaie dirigée du nord au sud.
Cette limite suivait la Meuse depuis son embouchure, atteignant la Moselle à Toul.
À l'ouest de cette limite se trouvaient les pagi de Langogne, (ou Langrois), l'Atuyer, l'Amous, du Chaumois,
du Lyonnais du Genevois, puis gagnait la Méditerranée par la crête des Alpes.
Lothaire choisit la partie orientale. Les pagi du Varais, le Portois, l'Escuens se trouvèrent donc dans la
part qui lui revient. La partie occidentale passa dans les possessions de Charles.
Lors de ce partage l'Amous
se trouva sur la partie occidentale. L. Fèbvre - dans : "Histoire de Franche Comté" nous signale que
c'est le premier partage qui voit se séparer les pagi du diocèse bisontin des contrées d'Outre-Saône.
La fin du vieil empereur approchait. Le 20 juin 840 Louis le Débonnaire rendit le dernier soupir à Worms.
La mort de leur père n'arrangea pas les affaires des enfants. Les querelles s'envenimèrent entre les deux frères
Lothaire et Louis le Germanique, entre Pépin II, fils de Pépin roi d'Aquitaine et Charles le Chauve qui essayait
d'asseoir son autorité. Le point culminant de la querelle fut la bataille livrée à Fontenoy-en-Puisaye,
(bataille dite de Fontanet) non loin d'Auxerre, le 25 juin 841 qui mis aux prises d'un côté Louis et Charles contre
Lothaire et Pépin II, fils de Pépin d'Aquitaine. L'intervention du comte Guérin de Bourgogne survenant à la
tête de contingents toulousains, provençaux et bourguignons changea la victoire presque acquise de Lothaire en déroute.
Même vaincu, ce dernier n'accepta pas pour autant le jugement de Dieu. Le 14 février 842, Charles et Louis, coalisés,
confirmèrent leur alliance par les Serments de Strasbourg rédigés en français et en allemand.
Les coalisés furent encore à deux doigts d'en découdre mais Lothaire mis en infériorité dut céder le terrain sans combattre
et alla chercher refuge sur ses terres burgondes de la vallée du Rhône.
En mars 842, Lothaire éliminé pour un instant, la Burgondie toute entière rentre dans le lot de Charles.
Maurice Chaume "Les origines du duché de Bourgogne", nous dit alors "Ce traité est le seul,
pendant la durée du neuvième siècle qui respecte l'unité territoriale du vieux royaume mérovingien".
En juin 842, le parti de la réconciliation reprend le dessus. Les frères ennemis se rencontrèrent au milieu de la
Saône au sud de Mâcon sur l'île d'Ancelles pour étudier les bases d'un partage équitable. Les trois juristes
Alard, Conrad et Cobbon rédigèrent un nouveau traité dont la conclusion définitive dura plus d'un an.
Selon les termes de ce traité, la Provence, du Lyonnais et de la Viennoise, allèrent à Lothaire.
Maurice Chaume "Les origines du duché de Bourgogne", nous donne le détail des dispositions du partage
prévu par ce traité.
"Le traité de Verdun(4) signé le 13 août 843 consacre dans son ensemble les dispositions arrêtées l'année précédente.
Lothaire devient le souverain légitime de la Provence, du Lyonnais et de la Viennoise, de la Jurane ; il empiète même
au-delà de la Saône sur la cité de Langres où il occupe le Bassigny, le Bolenois et le Barrois de l'Aube ; bref c'est lui
qui possède la plus grande partie de l'ancienne Burgondie, vingt-trois pagi sur quarante-deux.
Les dix-neuf autres, Mâconnais, Chaunois, Autunois, Avalois, Beaunois, Auxois et Duesmois, Memontois, Dijonnais, Oscheret,
Atuyer, Langogne, Lassois, Tonnerois, Auxerrois, Nivernais, Sénonais, Troiesin et Brenois constituent le lot de Charles.
C'est cette petite Burgondie à laquelle convient plus que jamais le nom de Bourgogne franque qui va devenir le
berceau du duché féodal."
V oilà la Bourgogne définitivement divisée dans le sens nord-sud en suivant sensiblement le tracé de la Saône.
Elle ne connaîtra plus jamais l'étendue territoriale qui était sienne pendant la période mérovingienne.
Chacune des parties occidentales et orientales suivra sa propre destinée.
La partie occidentale donnera naissance au Duché de Bourgogne, la partie orientale terre d'Empire, au Comté de Bourgogne,
puis à la Franche-Comté.
Plus tard, le rattachement de la Comté de Bourgogne au royaume de France (Il faudra attendre 1674
pour le rattachement définitif) fera l'objet de luttes, de combats, de sanglantes batailles coûteuses en vies
humaines dont on aurait pu faire l'économie si un jour de 843, une plume n'avait suivie, sur une carte, le tracé de la paisible rivière
pour réaliser un partage territorial.
Mais on ne réécrit pas l'histoire.
Le pagus Amous et le territoire d'Auxonne dans lequel ce dernier se situe, se retrouvent ainsi pour presque
quatre siècles en terre d'Empire.
Il faudra attendre le 05 juin 1237 pour qu'un échange conclu à Saint Jean de Losne, entre le Duc de Bourgogne Hugues IV
et le comte Etienne III d'Auxonne accompagné de son fils Jean, mette Auxonne et son territoire sous la dépendance du
Duc de Bourgogne.
Les deux Bourgognes se retrouveront à nouveau un temps réunies au traité d'Evreux en 1291.
RENVOIS :
(1)- Le surnom de Débonnaire, attribué par les historiens modernes
à l'héritier de Charlemagne est une traduction inexacte de l'épithète latine
Pius que lui avait valu sa dévotion et non sa débonnaireté. (H. Martin - Histoire de France)
(2)- Il aurait reçu ce surnom parce qu'il se serait fait raser le crâne lors de la consécration
de la basilique de Compiègne en guise soumission à l'église.
(3)- ou le "champ rouge". Le nom de Rothfeld fut changé peu de temps après en celui de
Lugenfeld -Champ-du-mensonge- à cause de tous ceux qui faussèrent leur foi en ce lieu.
(4)- Note du rédacteur : dans le département de la Meuse et non pas Verdun sur le Doubs (Bourgogne).
Édition 2009