L a bourgade gallo-romaine située à peu près à la
limite des territoires des Éduens et des Lingons sur la rive gauche de l'Ouche et qui, des siècles
plus tard, allait devenir la fière capitale des Ducs de Bourgogne portait à cette époque le nom de Divio
(Aux deux rivières -c’est le sens de Divio-).
(Les Bourguignons auront reconnu les deux rivières de l’Ouche et du Suzon qui leurs sont familières).
La VIIIe légion Augusta qui s'installa en 69 ou 70 au camp de la Noue, sur la rive droite de l'Ouche,
contribua au développement de cette bourgade.
La tradition situe la construction d'une enceinte fortifiée sous le règne d'Aurélien. Vers 270, pour se mettre
à l'abri du péril des grandes invasions, Divio construisit son castrum.
La bourgade est encore bien loin de pouvoir revendiquer l'ancienneté et l'importance de la ville de
Langres (Andematunnum) dont l'oppidum fut très tôt occupé par les les Gaulois,
ou d'Autun (Augustodunum) fondée par l'empereur Auguste (27 avant J.-C. -14 après J.-C.) ou même
encore, outre Saône, de Vesontio, capitale stratégique de la civitas Vesontiensium, citadelle maîtresse,
orgueil du peuple Séquane.
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| Une partie du mur d'enceinte de Dijon> | Dijon aujourd'hui | ||
P
our en connaître davantage sur la modeste bourgade de Divio au VIe siècle, il est encore préférable de laisser
parler Grégoire de Tours qui en brosse un tableau très flatteur. Écoutons ce qu'il nous en dit.
"À cette époque, le bienheureux Grégoire(1) résidait dans la ville de Langres ;
c'était un grand évêque de Dieu,
célèbre par ses miracles et ses vertus. Mais puisque nous faisons allusion à ce pontife, j'ai pensé qu'on me saura gré
d'insérer dans ce chapitre une description de la localité de Dijon où il résidait le plus souvent(2). C'est une place
forte munie de murs très puissants, au milieu d'une plaine très agréable ; les terres y sont fertiles et fécondes
si bien qu'avoir passé la charrue dans les champs une seule fois, on jette les semences et qu'une grande et opulente
récolte vient ensuite. Au midi, il y a la rivière de l'Ouche, qui est très riche en poissons ; du côté de
l'aquilon pénètre une autre petite rivière(3) qui, entrant par une porte et coulant sous un pont, ressort par une
autre porte ; après avoir arrosé le tour et l'enceinte de son onde placide, elle fait tourner, devant la porte,
des moulins avec une prodigieuse vélocité. Quatre portes ont été placées aux quatre coins du monde et trente trois
tours ornent toute l'enceinte ; le mur de celle-ci a été édifié avec des pierres de taille jusqu'à une hauteur
de vingt pieds et au-dessus en pierraille ; il a trente pieds de hauteur et quinze pieds de largeur(4).
J'ignore pourquoi cette localité n'a pas été qualifiée de cité(5). Elle a autour d'elle des sources précieuses.
Du côté de l'occident, il y a des collines très fertiles et remplies de vignes qui fournssent un si noble falerne(6)
aux habitants qu'ils dédaignent l'ascalon(7). Les anciens racontent que la localité a été édifiée par l'empereur
Aurélien(8)."
NOTES :
(Grégoire de Tours –
Historia Francorum – Livre III paragraphe XIX - Traduction Robert Latouche –
Les classiques de l’histoire de France au Moyen Age – volume 27 P. 165 – 166)
RENVOIS:
Les textes des renvois sont tirés directement de "La Bourgogne au Moyen Âge"
Académie de Dijon - Centre régional de recherche et de documentation pédagogiques. 1972.
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(1)- Saint Grégoire, comte d’Autun, puis évêque après la mort de sa femme, occupa le siège
épiscopal de Langres pendant 33 ans (vers 506-539). Il était l'arrière-grand-père de Grégoire de Tours.
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(2)- La ville de Dijon fit partie du diocèse de Langres jusqu'à son érection en évéché le 9 avril 1731 mais
du Vème au IXème siècle, les évêques de Langres, fuyant leur cité dévastée par
les barbares, résidèrent souvent à Dijon où certains d'entre eux furent inhumés.
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(3)- Le Suzon
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(4)- Les quatre portes étaient : la Porte aux lions, la Porte du côté de St Médard, la Porte du vieux château,
la Porte au-dessus du Bourg.
L'épaisseur de la muraille, loin d'atteindre 15 pieds (4,50 m) comme l'affirmait
Grégoire de Tours, ne semble pas avoir dépassé 2 mètres. J.R. de BELLOGUET - Les origines Dijonnaises - Dijon 1851
et Cl. DRIOTON - Le Castrum divionense - Dijon et la Côte d'Or en 1911, t. II, p. 275 - 281.
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(5)- La ville de Dijon, fondée sans doute au 1er siècle de notre ère, était moins ancienne et moins
importante que la ville de Langres dont l'origine remontait à l'époque gauloise Andematunnum et qui,
dès 400 formait avec son territoire, la civitas Lingonum.
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(6)- Le falerne était un vin renommé produit en Campanie.
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(7)- Ascalon : port de la côte palestinienne exportait des vins réputés.
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(8)- La création ou le développement de Dijon remontait au séjour de la VIIIème légion
Augusta en 69, mais la ville a très bien pu n'être fortifiée que sous Aurélien (270-275).
Édition 2014