O  h ! Cruelle époque ! Ils étaient quatre. Il n'en restera qu'un.
Gondebaud, Godégisèle (ou Godégisile), Chilpéric et Godomar, ils étaient quatre frères héritiers du royaume burgonde de, feu le roi Gondioc, leur père, mort vers 470. Quatre pour un seul trône, c'était trois de trop pour le plus entreprenant. D'abord les quatre frères découpent le royaume. Chilpéric (ou Hilpéric) sera roi de Lyon, Gondomar sera roi à Vienne et Godégisèle roi à Genève.
la lutte fraticide commence. C'est d'abord l'élimination de Chilpéric égorgé par Gondebeau(1) qui noya aussi sa femme en lui attachant une pierre au cou. (Une pierre à son col pendu)
Sans doute s'est-il aussi débarrassé de Godomar qui est disparu sans laisser de traces. Mœurs barbares direz-vous ! Mœurs du temps, mais aussi mœurs qui trouvent leur origine dans les dures lois de l'héritage qui veulent que la terre soit partagée entre les fils. Ces actes tout cruels qu'ils soient, ne privent pas leur auteur du pardon de Saint-Avit(2) qui aurait dit à Gondebaud : « ... c’était la bonne fortune de votre royaume qui, en diminuant le nombre de personnages royaux, ne gardait à la vie que ce qui suffisait pour le commandement ».
Restent désormais Gondebaud et Godégisèle, deux frères face à face.
C’est Godégisèle qui, en 500, déclenche le premier les hostilités. Fort de la renommée acquise par Clovis, dont le rayonnement s’étend grâce à ses victoires d'abord sur Syagrius (victoire de 486 vers Soissons), puis sur sur les Alamans (victoire de Tolbiac en 496) et à sa conversion au catholicisme en 498, Godégisèle propose un marché à Clovis.
Grégoire de Tours nous l'explique. Il se résume en ces mots : « Aide-moi à éliminer mon frère et je te paierai chaque année un tribut que tu voudras toi-même fixer ».
Une pareille occasion de s'immiscer dans les affaires des Burgondes ne pouvait laisser Clovis indifférent. L’offre était tentante. Il pensait bien d'une façon ou d'une autre pouvoir retirer le fruit de son aide. Peut-être aussi rêvait-il alors de voir les deux frères s’entre-tuer et d'ajouter à son royaume celui des Burgondes ? Clovis accepte le marché.

 


Haches burgondes
Oh cruelle époque !
De quatre il n'en reste plus qu'un


 

 G ondebaud ignorant l'accord conclu entre Clovis et Godégisèle, "ayant machiné la chose perfidement" (Marius d'Avenches Chronica - Édition MOMMSEN Monumenta Germaniae Historica - Chronica minora II p. 234). et apprenant que Clovis mobilise contre les Burgondes en appelle naturellement à l’aide fraternelle. Les trois armées en marche finissent par se rencontrer près de Dijon sur la rivière de l’Ouche (peut-être près de Fleurey-sur-Ouche. Jean Marilier, dans La Côte-d'Or de la préhistoire à nos jours, p. 114-115, apporte des précisions sur le lieu où aurait eu lieu cette bataille. Il conclut son exposé ainsi : c'est sans doute dans cette champagne "campania" près de Saint-Apollinaire que les armées se rencontrèrent, comme le précise un autre texte très peu connu qu'il a pris la peine de reproduire.

En Bourgogne, en Dijonnais, il y a une église consacrée au martyr Apollinaire, distante du castrum de Dijon d'environ deux milles, sur un coteau bien apparent qui domine le castrum à l'est, dans le domaine qui s'appelle Eguilly (aujourd'hui Saint-Apollinaire.) Les anciens rapportent que cette église a été construite tout d'abord par la très chrétienne reine Clotilde à cause de la victoire remportée en ce lieu sur ses ennemis par le roi Clovis. En outre, par l'industrie de cette même reine, des reliques du martyr furent apportées de Ravenne et déposées dans cette basilique. (« Les miracles de saint Apollinaire », texte du Xe, éd. Acta sanctorum, juillet, V, p. 353.).

Sur le lieu de la bataille, Godégisèle se démasque, apporte son soutien à Clovis et attaque son frère. Devant la tournure des événements, Gondebaud n’a que le temps de fuir. Loin. Très loin.
Jusqu’en Avignon ! C’est derrière les murailles de la ville qu’il trouve refuge et c'est là que Clovis qui l'a suivit l'assiège. Sont-ce les talents de négociateur de Gondebaud ou la menace d’une attaque wisigothique qui persuade Clovis de quitter le siège ? Ou les deux ?
Toujours est-il que Gondebaud arrive à renverser la situation, convainc Clovis qui s’éloigne.
Gondebaud aussitôt ragaillardi par le départ de Clovis, entend bien faire payer chèrement à son frère sa trahison. Il marche sur Vienne(3) avec son armée.
La ville tombe(4). Temps et mœurs ô combien cruels, les troupes de Gondebaud font un carnage des habitants (... il les fit périr dans de nombreux supplices raffinés ...) et massacre son frère qui s'était réfugié dans une église.
Le voilà seul, Gondebaud. Seul roi des Burgondes. Roi Barbare que les textes nous donnent comme très civilisé, connaissant et parlant aisément le latin, entouré d'intellectuels romains.
Il restera roi jusqu'à sa mort en 516. Sa diplomatie fait merveille, et en 502, il finit même par faire de Clovis un allié et par signer en 506, sur les bords de la Cure, avec le roi des Francs un traité d’alliance qui inaugure pour la Burgondie plusieurs années de paix. Son prestige personnel, son talent et sa loi Gombette ont servi à son immortalisation et, nous disent les historiens, ont fait briller la Burgondia d’un éclat qui la distinguait des autres royaumes barbares.
 



L'œuvre législative de Gondebaud : la loi Gombette(5)


"Gondebaud promulgua la "lex Burgundionum" dite loi Gombette augmentée ensuite par ses fils Sigismond et Godomar. Elle s'adressait uniquement aux Burgondes, tandis que les Gallo-Romains étaient régis par la "lex Romana Burgundionum" dite vocable Papien. La loi Gombette tout en punissant sévèrement les délits témoigne d'un souci de protéger les cultures et de protéger la femme, impose l'hospitalité et nous renseigne sur le partage des terres entre Gallo-romains et Burgondes". (Tiré de : "LA BOURGOGNE AU MOYEN-ÂGE" édité par l'Académie de Dijon).

TITRE II : DES HOMICIDES :
...
... Il doit être versé une indemnité aux parents de la personne tuée, en fonction de son rang.
- Si quelqu'un tue un optimate(6) qu'il verse cent cinquante sous.
- si quelqu'un tue un homme de condition médiocre de notre peuple : cent sous.
Pour une personne de condition inférieure nous ordonnons qu'il soit payé : soixante-quinze sous.
....
TITRE XXVI : DE LA PERTE DES DENTS :
...
- Si un esclave a volontairement occasionné la perte d'une dent à un ingenuile(6), il sera condamné à avoir la main coupée
....
TITRE XXVII : DES BRIS DE CLOTURE, DES CHEMINS BARRES, DES VOLS ET DES VIOLENCES :
...
- Si quelqu'un brise la clôture d'autrui ... Si c'est un esclave qui a fait cela, il recevra cent coups de fouet et la clôturedevra être réparée...
- Si quelqu'un, de jour, s'introduit dans la vigne d'autrui et commet un vol ou fait des dégats, il versera pour ce fait trois sols. Si c'est un esclave qui a fait cela, il sera tué. Si quelqu'un s'introduit de nuit dans la vigne au moment des vendanges et s'il est tué dans la vigne par le gardien, le maître ou les parents de la victime ne pourront pas se plaindre.
....
TITRE XXXIV : DU DIVORCE :
...
Si quelqu'un renvoie sa femme sans motif, il devra lui rendre tout ce qu'elle avait apporté en dot et, de plus, il lui versera 12 sous...
...
TITRE XXXVIII : DU REFUS DE L'HOSPITALITE AUX ENVOYES DES NATIONS ETRANGERES OU AUX VOYAGEURS :
...
TITRE LIV : DU PARTAGE DES TERRES ... :
....
TITRE LXXXIV : DE LA VENTE DES TERRES :
...

... Cette loi comporta d'abord 88 articles puis 105 articles





RENVOIS :

(1)- D'après Grégoire de Tours dans "Historia Francorum"
(2)- Saint Avit ou Saint Avitius, métropolitain, (on dirait aujourd’hui archevêque) de Vienne en 490, parent par alliance de Sidoine Apollinaire évêque de Clermont, avec qui Gondebaud aurait entretenu des rapports cordiaux et suivis.
(3)- Selon René GUICHARD, Essai sur l'histoire du peuple Burgonde p. 258, la prise de Vienne eut lieu en 501.
(4)- D'après Grégoire de Tours - Histoire des Francs, les troupes de Gondebaud auraient pénétré dans la ville de Vienne par les canalisations d'un aqueduc.
(5)- Ce texte qui nous éclaire sur le contenu de la loi Gombette est tiré du document "LA BOURGOGNE AU MOYEN-ÂGE" édité par l'Académie de Dijon, Centre Régional de Recherche et de Documentation Pédagogiques (1972 qui donne ses sources :
La loi Gombette - Edition latine par J.E. VALENTIN - SMITH - fascicule 2 Lyon et Paris 1889 page 9 (titre II) 20 (titre XXVI) 22 et 23 (titres XXXIII et XXXIV) 23 et 24 (titre XXXVIII) 33 et 34 (titre LIV) 43 (titre LXXXIV).
(6)- Optimate : homme de condition supérieure, noble, Ingenuile : homme libre de condition modeste.


 

Édition 2014