843 -
Auxonne en Comté de Bourgogne, terre d'Empire

 
 L  e traité de Verdun signé en Août 843 à Verdun sur Meuse avait déchiré la Bourgogne et fait de la Saône une frontière entre les territoires de Lothaire, à l'est et ceux de Charles à l'ouest.
 À la tête de la Comté (future Franche-Comté), en 1197, le comte de Bourgogne Othon 1er († 14 janvier 1201) : il avait recueilli l'héritage de sa mère Béatrice, de la branche aînée de la maison de Chalon.

La partage des traités de Verdun et de Mersen

Étienne III d'Auxonne († 1241), de la branche cadette de cette maison de Chalon nourrissait quelques espoirs de supplanter la branche aînée. Il cherchait des alliances. Étienne se tourna vers le duc de Bourgogne Eudes III († 1218) et, par un acte signé en 1197, obtient son concours en engageant sa ville d'Auxonne, entre les mains du duc, se déclara son vassal et lui en fit hommage.
 Jean de Chalon, fils d'Étienne III et de Béatrice sa femme, devint propriétaire du comté de Chalon et d'Auxonne.








1237 -
Auxonne est rattachée au duché de Bourgogne


 L e duc de Bourgogne Hugues IV, fils et héritier de Eudes III convoitait ce comté. Il trouvait de grands avantages à repousser la limite de son duché au delà des rives la Saône. Quand Jean de Chalon lui proposa d'échanger ces territoires contre la baronnie de Salins que sa mère Alix de Vergy, veuve de Eudes III avait acquise une dizaine d'années plus tôt, il n'hésita pas.
Les actes de cessions et d'échange furent passés le 15 juin 1237 à Saint-Jean-de-Losne.
 Le duché de Bourgogne posa alors sa frontière orientale sur une étroite bande de terre de la rive gauche de la Saône et Auxonne dépendit dès lors du duché. La position clé de la ville verrouillait un des accès au duché en elle constituait en même temps une idéale tête de pont vers les territoires de l'est pour le duc qui ambitionnait de se rendre maître de toute la Comté.
 
1295 -
La Comté est rattachée au royaume de France


 L e traité d'Eveux de 1291 confirmé par la convention de Vincennes du 2 mars 1295, conclus entre le roi de France Philippe IV le Bel et le comte de Bourgogne Otton IV, mettaient la Comté dans les mains de la couronne de France. Le roi en attribua la garde "au nom du roi de France" à Robert II duc de Bourgogne, († 1306) puis à Jean de Chalon baron d'Arlay.
Philippe, le futur roi Philippe V le Long se maria en 1307 avec Jeanne de Bourgogne († 1330), fille d'Othon IV et de Mahaut d'Artois, et confirma la rattachement de la Comté à la France. Le 6 février 1317, Philippe V donna la Comté en viager à sa femme Jeanne et, après son décès, aux hoirs issus d'elle et de lui, avec défense de ne rien aliéner.
 La Comté était rattachée aux domaines de la couronne de France.
 
1330 -
La Comté est rattachée au duché de Bourgogne

 
 A u décès de Philippe V, en 1330, sa fille aînée, Jeanne (1308-1347) reçut en héritage l'Artois et la Comté. Mariée en 1318 à Eudes IV, duc de Bourgogne (1315-1349), elle lui apporta ses terres en dot.
 Par ce mariage, les terres de Bourgogne séparées depuis le traité de Verdun de 843 se trouvaient enfin réunies.

 


Phillipe V Le Long
Philippe V donna la Comté "en viager à sa femme Jeanne et, après son décès, aux hoirs issus d'elle et de lui, avec défense de ne rien aliéner"


 


1361 -
Duché et Comté de Bourgogne à nouveau séparés

 
 L e 21 novembre 1361 au château de Rouvres s'éteignait, emporté par la peste, Philippe de Rouvres, petit-fils d'Eudes IV, dernier représentant de la lignée des duc capétiens de Bourgogne. Le duché revint au roi de France Jean le Bon. La succession de la Comté revint à la deuxième fille de Philippe V le Long, Marguerite de Flandres, veuve du comte d'Artois, Louis de Flandre.
La mort de Marguerite de Flandre en mai 1382 mis la Comté dans les mains de son fils Louis de Mâle (ou de Maele). Duché et Comté dans des mains différentes ; la Bourgogne est à nouveau déchirée.
Mais les grands du duché de Bourgogne refusent de voir le duché devenir une province du domaine royal, la Bourgogne veut conserver son identité et son indépendance.
Jean le Bon "refit" un duc de Bourgogne. Philippe le plus jeune de ses fils, Philippe qui prendra le surnom de "le Hardi" fut le duc de Bourgogne désigné et accepter par les Bourguignons. Le 2 juin 1364 les lettres patentes officialisaient la constitution du duché valois.
 
1384 -
Duché et Comté de Bourgogne, un destin commun

 
 L e 13 juin 1369 se célébrèrent les noces de Marguerite, fille de Louis de Mâle et héritière de la Comté, avec Philippe le Hardi duc de Bourgogne. Le décès de Louis de Mâle en janvier 1384 remis la Comté dans les mains de Marguerite et de son mari le duc Philippe.
Duché et Comté de Bourgogne à nouveau réunis vont vivre un destin commun pendant plus d'un siècle, sous quatre ducs valois se succédant de père en fils :  Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Jusqu'à ce que le dernier des ducs valois, Charles le Téméraire ait mené sa dynastie à sa perte.
Les relations personnelles entre Louis XI, le roi de France, et Le Téméraire étaient déjà empreintes d'une forte antipathie. L'humiliation infligée à Louis XI par Le Téméraire, au traité de Péronne en 1468, allait exacerber la rivalité entre les deux hommes. Déjà l'orgueilleux duc avait refusé l'hommage au roi de France. Louis XI craignait la puissance de l'État bourguignon et cherchait à l'abattre. De son côté le duc ne nourrissait pas moins l'ambition de devenir roi.
Le fin politique et calculateur "l'universelle araigne" qu'était Louis XI allait tendre les rets dans lesquels le bouillant Téméraire allait finir par se prendre. L'aboutissement des manœuvres diplomatiques souterraines du roi amena finalement Charles le Téméraire devant Nancy afin d'y punir le duc de Lorraine René II. La bataille devant Nancy fut un désastre pour le bourguignon. Il y trouva la mort le 05 janvier 1477. C'était le troisième désastre : il venait de subir devant les Suisses deux défaites successives à Granson (2 mai 1476) à Morat (22 juin 1476).
 
1479 -
Duché et Comté de Bourgogne vont au royaume de France

 
 L ouis XI réagit avec promptitude. La succession de Bourgogne était ouverte : Bourgogne, Duché et Comté à portée de sa main.
Les armées de Louis XI entraient dans Dijon le 1er février 1477 sans rencontrer de grande opposition et continuèrent leur avance vers les terres d'Outre-Saône puis vers la Comté. Louis XI n'avait aucun droit sur ces terres. Marie de Bourgogne, fille du Téméraire en était l'héritière légitime. Après une hésitation, la résistance à l'envahisseur français s'organisa à Auxonne et en Comté, mais Louis XI se ressaisit et reprit l'initiative. Charles d'Amboise, lieutenant général du roi, se rua sur la Comté. Dole tomba dans un affreux carnage le 25 mai 1479, Auxonne, après un siège d'une dizaine de jours n'eut d'autre ressource que d'ouvrir ses portes aux soldats d'Amboise le 4 juin 1479.
Duché et Comté de Bourgogne, toujours réunis, mais cette fois sous la couronne de France, avaient changé de maître.
 

 


Charles VIII
« La ville d'Auxonne et les habitants en icelle ville est de notre duché de Bourgogne et en icelui ressortissant »
(Charles VIII)


1493 - Traité de Senlis
La Comté de Bourgogne tombe dans le giron espagnol

 

 L  e rêve italien de Charles VIII défit ce que Louis XI avait fait. Son mariage aussi. Alors qu’il était fiancé à Marguerite, la fille de Marie de Bourgogne et de Maximilien Ier de Habsbourg, et que dans la dot de sa future épouse figurait la Comté, il préféra épouser Anne, l'héritière de Bretagne et rapprocher ainsi l’important duché de Bretagne du royaume de France.
En contrepartie Charles VIII abandonna la Comté à Maximilien.
Ce choix, conformément aux dispositions du traité d’Arras du 23 décembre 1482, confirmé par le traité de Senlis du 23 mai 1493, signé après une brève manifestation militaire en Comté de Maximilien mécontent, entraîna le retour de la Comté dans l'orbite de l'Empire.
La Bourgogne ducale —qui devint la province française de Bourgogne— et la Bourgogne comtale suivirent une fois encore des destins séparés.
Auxonne et les territoires d'Outre-Saône, avec leurs statuts particuliers, restèrent français : Charles VIII ayant pris soin, pour ces territoires de préciser à deux reprises que « La ville d'Auxonne et les habitants en icelle ville est de notre duché de Bourgogne et en icelui ressortissant ».
 
Une bien mauvaise frontière
 
Les caprices de la politique venaient de tracer une frontière. Une bien mauvaise frontière, sans défenses naturelles et qui mettait dangereusement face à face le Valois de France et le Habsbourg. Une frontière qui fit d'Auxonne un des points stratégiques à la limite orientale du royaume, face à la forte base espagnole de Franche-Comté.
 
Des boulets suisses pour Dijon
 
 Les Dijonnais furent les premiers à se rendre compte que la Bourgogne devenue une "marche" du royaume était facilement accessible pour l’étranger lorsqu’en 1513, l es boulets de pierre des batteries de l’armée du duc de Wurtemberg, au service de Maximilien, vinrent crever leurs toitures.
 
Auxonne repousse les Impériaux
 
En 1526, nouvelle alerte. Le danger vise les Auxonnais, cette fois. Charles-Quint qui ne se résolvait pas à la perte de l’héritage de ses aïeux venait, par sa victoire à Pavie et par le traité de Madrid du 13 janvier 1526, d’arracher la Bourgogne à François Ier. Les États de Bourgogne refusèrent à renoncer à l’obéissance au roi de France. Ce refus valut à Auxonne de voir arriver sous ses murs, en juin 1526, une armée de Charles-Quint commandée par Charles de Lannoy, chargé de s’emparer de la province rebelle. La forte résistance de la cité l’obligea à renoncer.
 
Les atrocités des guerres de religion. Huguenots contre Ligue

Les années 1559-1560 amenèrent les premiers tressaillements de la Réforme en Bourgogne. De l’est, partis du foyer genevois, arrivèrent les guerres de religion. La Réforme et la répression catholique, attaques et contre-attaques et son fléau de chevauchées de reîtres et ses lansquenets. Et leurs effroyables atrocités. Côté catholique, en Bourgogne, le comte Gaspard de Saulx-Tavannes mène la lutte. En 1569, le passage dans le plat pays des secours aux protestants amenés d’Allemagne, conduits par Wolfgang, prince des Deux-Ponts, et de son poursuivant, le duc d’Aumale, qui tenta en vain de l’arrêter laissèrent des traces sanglantes et contraignit les villageois à se réfugier derrière les remparts de la cité.
En 1576 des reîtres encore qui désolèrent les villages voisins et obligèrent à nouveau leurs habitants à trouver refuge à l’abri des remparts. Puis au début des années 1580, vint l’époque calamiteuse de la Ligue catholique, redoutable confédération formée sous le prétexte de défendre la religion catholique contre les huguenots et son chef de file, Charles de Lorraine, duc du Maine, dit Mayenne, gouverneur de Bourgogne.
Le pouvoir royal d'Henri III, fort affaibli, nourrit la dangereuse ambition de Mayenne d’asseoir sa puissance personnelle dans la province, même au prix d’une trahison avec l'Espagne. L’appui du roi d’Espagne, Philippe II qui pensait bien pouvoir de tirer profit des troubles qu’il soutenait lui était acquis. Les notables dijonnais lui apportèrent aussi leur soutien. Mais le peuple de Bourgogne, las, accablé de tant d’années de guerres et de misères, montra sa lassitude et fit progresser le mouvement en faveur de la cause royale et de son attachement à l’unité française de la Bourgogne
 
Mayenne, gouverneur de Bourgogne contre Henri IV : avantage au roi
 
Après Beaune, Autun, Nuits puis Dijon, places de sûreté de Mayenne, se laissèrent prendre par le maréchal Biron, duc et pair, compagnon d'Henri IV, chargé de saisir les places fortes aux ligueurs. Précédé par Biron, Henri IV put franchir la porte de Dijon le 4 juin 1595. La témérité dont il fit preuve lors de l’engagement de Fontaine-Française le 5 juin 1595 contre les renforts espagnols de Mayenne, commandés par Ferdinand de Velasco, connétable de Castille et gouverneur du Milanais, lui assura la victoire et fit perdre au chef de la Ligue ses illusions et mit un terme à ses visées personnelles.
Auxonne reçut la visite du Béarnais le 13 juillet 1595. Puis le malheur, s’abattit chez les Comtois. Henri IV grisé par sa victoire poursuivit son avance en Comté et avec Biron, y agit férocement. Il y laissa un hideux sillon de son passage. Longue est la liste des cités dévastées : elles connurent pillage, sac, incendie. La résistance de certaines fut opiniâtre. Celle d’Arbois fut exemplaire.
Au traité de Vervins signé en 1598, entre Henri IV et Philippe II, le renoncement définitif de ce dernier à ses prétentions sur la Bourgogne mit un terme à la querelle de Bourgogne.
La Bourgogne était en ruines. Les trente années réparatrices qui suivirent ne furent pas de trop pour la relever.
 
1636 -
Louis XIII marche dans les pas de Louis XI

 
 P uis la France eut Louis XIII. Et son ministre Richelieu, obsédé par la grandeur du pays. Il voyait loin le ministre. Au-delà des frontières. Habsbourgs en Autriche, Habsbourgs en Espagne, Habsbourgs en Italie, Habsbourgs au Pays-Bas.
 
Les Habsbourgs encerclaient la France
 
La France était en permanence victime d’agressions, ouvertes ou insidieuses, d’ingérences continuelles dirigées depuis Madrid par la Maison d’Autriche dans le seul dessein de l’abaisser et de l’amener à sa perte : la Maison d’Autriche avait besoin de nourrir ses prétentions à la domination universelle. Et la noblesse française : follement attachée à l’Espagne, soudoyée même par l’Espagne. La situation devenait intolérable à Louis XIII et à son ministre. Il leurs parut évident, pour assurer l’avenir du royaume, que l’étau des Habsbourgs devait être brisé. Ils résolurent alors, d’engager, face au bloc formidable constitué par les forces réunies de Madrid et de Vienne, une guerre à l’échelle européenne destinée à desserrer l’étreinte. La guerre de Trente Ans allait commencer.
Richelieu tissa ses alliances et pressa les préparatifs de la guerre. En 1635, un coup de force de l’armée espagnole contre Trèves fut l’élément déclencheur.
La possession de la Franche-Comté par l'Espagne constituait une « plaie ouverte », pour le royaume de France sur son flanc oriental, une plaie par où le danger pouvait surgir à tous moments. Il fallait fermer la plaie. En 1636, ce front fit partie des fronts choisis pour porter l’attaque.
 
L'héroïsme des Dolois
 
Le branle-bas de guerre résonna de part et d’autre de la frontière comtoise. Auxonne renforça ses ouvrages de défense : ravelin de protection de la sortie du château vers la campagne, bastion Notre-Dame, et bastion du gouverneur. Condé, gouverneur de Bourgogne et ses trente mille hommes, portèrent l'attaque sur Dole, franchirent la frontière et se présentèrent devant la ville le 28 mai 1636. Les Dolois les attendaient dans leur enceinte bastionnée. Boulets, bombes, sapes, mines et attaques impétueuses des Français ne vinrent pas à bout de l’héroïsme des Dolois qui résistèrent pendant douze semaines. L’arrivée de renforts pour les Dolois, et la patrie en danger sur le front de Picardie après la chute de Corbie, contraignirent Richelieu à donner l'ordre à Condé de lever le siège de Dole qui libéra la place le 15 août 1636.
 
Les pays de Saône dévastés
 
Le duché de Bourgogne allait à son tour, connaître le malheur. Sur les talons de Condé qui retourna à marche forcée sur Paris, les Espagnols de Gallas entrèrent en Bourgogne laissée presque sans défense. Brutalités, sacs et tueries féroces déferlèrent sur le plat pays. La résistance des places duchoises y fut ferme, héroïque même. Saint-Jean-de-Losne s’illustra par son courage et sa bravoure en faisant face, du 25 octobre au 3 novembre à Gallas et en l’obligeant à se replier sur Gray. Les brutes sauvages des "Croates" de Gallas laissèrent dans la campagne, comme une longue cicatrice noircie le long de leur passage. Les pays de la plaine de Saône furent ravagés
 
Dix ans de guerre, dix ans de souffrances pour les Comtois
 
Les Comtois, n'avaient pas fini de souffrir. Férocement même. Dix ans de guerre, presque, apportèrent partout fer, flammes et destructions, auxquels s’ajoutèrent famine, peste et mort. La Franche-Comté connut un torrent de cruautés. L’année 1637 vit trois armées françaises se ruer sur son sol en convergeant. Par la Saône, celle de Bernard de Saxe-Weymar et ses soldats désignés sous le nom de suédois, par le pays de Montbéliard, le marquis de Grancey et par la Bresse, le duc de Longueville. Sur ce front, Saint-Amour et Lons-Le-Saunier furent les premières villes conquises, les premières villes dévastées.
L'année 1645 fit enfin entendre les premiers murmures d’un règlement du conflit. La Franche-Comté, exsangue, si elle était réduite n’était pas conquise. Mais elle n’avait plus de secours à espérer : la maison d’Autriche était vaincue et la décadence minait l’Espagne.
 
24 octobre 1648 - Traités de Wesphalie -
La Franche-Comté maintenue dans le giron espagnol

 
 M  azarin continuait l'œuvre de Richelieu. Mais il préféra, en fonction du contexte politique du moment, reconnaître le rétablissement de la neutralité de la province moyennant chaque année, le paiement de 100 000 livres tournois. Le traité de Wesphalie, signé au terme de dix ans de guerre, le 24 octobre 1648 à Münster et à Osnabrück, consacra le maintien de la Franche-Comté dans la sphère espagnole. Une trêve conclue entre le duché de Bourgogne et la Franche-Comté dite « Traité de surséance » le 25 septembre 1651 devait garantir la sécurité de la province en attendant la prochaine paix entre la France et l’Espagne.
 

 


Le cardinal Mazarin
Les traités de Wesphalie
Cathédrale diplomatique de Mazarin sont les gonds sur lesquels les vantaux de l'Europe tournent du Moyen-Âge aux Temps Modernes
(Paul Guth in Mazarin)


 


1668 -
Comme un fruit mûr, la Franche-Comté allait se laisser cueillir


 L  ouis XIV, était bien décidé à poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs afin d'assurer l’hégémonie de la France. La mort de Philippe IV d’Espagne l'amena à revendiquer, parmi d’autres territoires, la Franche-Comté au titre de la dévolution sur les droits de la reine Marie-Thérèse, fille du feu roi d’Espagne. L’annexion de ce territoire allait lui servir comme monnaie d’échange dans les conditions offertes à l’Espagne pour la paix dans les provinces du nord-est. Les Francs-Comtois allaient faire les frais de cette combinaison diplomatique.
 
  Brève fut la conquête
 
L’entreprise fut aussi promptement décidée que menée. Brève fut la conquête : vingt jours. Brève aussi fut la durée d’annexion : trois mois.
Le succès paraissait si certain qu’il fut décider que l’opération aurait lieu à l’époque des grands froids, même si cela était contraire aux méthodes de guerre alors en usage. Condé et Louvois le ministre de la guerre, arrivés en décembre 1667 à Auxonne, avaient choisi la ville comme point de concentration des troupes. Le ministre y exerça ses talents dans l’art de préparer la guerre avec une précision de métronome.
Dans la plus grande discrétion, du nord, de l’ouest et du sud, les troupes convergèrent sur la ville forte pour l’atteindre à une date bien précise et en suivant un itinéraire soigneusement préparé. Il était prévu d’y regrouper 19000 hommes et 1300 chevaux. Les bateaux chargés de grains encombraient la Saône. L’arsenal d’Auxonne eut à fournir sa contribution en munitions et matériel. La ville fut accablée sous un écrasant fardeau militaire.
Le dénouement de tous ces préparatifs arrivait à son terme. Le 31 janvier 1668, pour clore les négociations, Louvois avise les Dolois que l’ordre d’entrer en Franche-Comté allait être donné immédiatement à M. le Prince (Condé).
L’avancée en pays comtois qui évita soigneusement Dole visa directement Besançon. La prise préliminaire de Pesmes, Rochefort et Bletterans assura les arrières de l’armée. Le 2 février, Louis XIV se mit en selle de Saint-Germain vers la Franche-Comté et arriva à Dijon le 7. Louvois fit le voyage d’Auxonne à Dijon pour le rejoindre et l’informa du succès du début des opérations par la capitulation sans coup férir de Besançon et Salins. Le 9 février Condé entra dans Besançon par la porte d’Arènes. Joux tomba, puis vint le tour de Dole.
Les beaux jours de la résistance de Dole en 1636 appartenaient au passé, les hommes avaient changé. Un marquis d'Yennes, gouverneur de la Comté et un Watteville, maître des requêtes au Parlement de Dole avaient détruit tout esprit de résistance. Le 14 février à 11 heures une porte de la ville fut ouverte aux Français, le même jour en début d’après midi Louis XIV quitta Auxonne pour la capitale de la Franche-Comté.
Le roi et Condé durent se sentir vengés du cuisant échec de 1636.
Il restait Gray. L’ouverture des portes de Gray fut plus le résultat d’intrigues que de combats. Louis XIV en franchit le seuil le 19 février 1668. La fierté blessée du maire, M. de Mongin qui remettait au roi les clefs de la ville lui fit dire : « Sire, votre conquête aurait été plus glorieuse si elle vous eût été disputée ». Les murailles de Gray furent rasées. Celles de Dole aussi. Le roi reprit le chemin de Paris où il arriva le 24 février tout auréolé de sa victoire.
 

02 mai 1668 - Aix-la-Chapelle
La Franche-Comté monnaie d'échange, reste espagnole

 L a paix avec l’Espagne était en cours de négociation par l’intermédiaire des puissances médiatrices. Le respect des engagements que Louis XIV avait proposé aux puissances l’amenait à se trouver face à une l’alternative : garder la Franche-Comté et rendre les territoires conquis en Flandres ou rendre la Franche-Comté et garder les territoires de Flandres. Il parut plus avantageux pour le roi de choisir cette dernière solution afin de mieux garantir la sécurité de Paris.
Le traité d’Aix-la-Chapelle conclu le 02 mai 1668, consacra ce choix. Les troupes d’occupation vidèrent le pays en passant par Auxonne.
La Franche-Comté une fois encore, repartait dans l’orbite espagnole. Pour peu de temps. Louis XIV savait qu’il pouvait à nouveau s’en rendre maître à l’heure de son choix.

10 août 1678 - Nimègue
La Franche-Comté définitivement province française

 L 'éclat des victoires de Louis XIV de la campagne de Hollande de 1672 alarma les pays d'Europe. Une coalition européenne se forma contre la France au traité de la Haye le 30 août 1673. La réponse de Louis XIV fut de déclarer la guerre à l'Espagne. Porter le théâtre des opération sur le territoire des Pays-Bas, trop éloigné des bases française ne fut pas chose possible. La Franche-Comté était à portée de sa main, c'est là qu'il décida de déclencher l'offensive. Il le fit savoir à Louvois le 22 septembre 1673.
La coalition l'obligea à garantir sa sécurité sur le front du nord où il envoya Condé et, sur le front de l'est il confia à Turenne la défense des passages de l'Alsace. Devant Turenne des forces trois fois supérieures aux siennes lui faisaient face. En trois victoires successives il en vint à bout.

Le front comtois
 
Sur le front comtois la direction des opérations fut confiée au duc de Navailles, —(M. de Navailles (Philippe de Montaut de Bénac, duc de Navailles, maréchal de France, (1629-1684))— avant que le roi ne prit lui-même, devant Besançon, la direction des opérations. Des approvisionnements de pain et d’avoine furent rassemblés à Auxonne et Chalon qui servirent de points de concentration. Navailles passa la nuit du 11 février à Auxonne avant de se rendre à un des premiers points de pénétration d’une avant-garde en territoire comtois, et fut à Pontailler que dès le lendemain les premières troupes franchirent la Saône puis la rivière l’Ognon.
Á l’est de la Comté M. de Vaubrun partait de Montbéliard pour rejoindre Clerval et Villersexel en y rencontrant une forte résistance.
Sur le front de la Saône, réduire la place forte de Gray était une nécessité. La ville assaillie fut chaudement défendue par les hommes du colonel Massiette. Les renforts envoyés ne purent arrivés. La place forte capitula le 28 février et fut livrée au pillage des soldats. Au nord, les places de Vesoul (le 06 mars), puis Luxeuil tombèrent. Marnay puis Pesmes se rendirent à leur tour puis vint le tour de Lons-le-Saunier.
 
Devant Besançon
 
Trois principales villes restaient à prendre : Besançon, Salins et Dole.
Le 25 mars, le jour même où le roi arrivait à Gray, et prenait la direction des opérations, les premiers Français faisaient leur apparition devant Besançon et investissaient la place.
Vaudémont, fils de Charles IV de Lorraine, —(Charles-Henri de Vaudémont (1649-1723)— prit la direction des opérations et complétait, avec les Bisontins prêts à tous les sacrifices, les défenses de la ville, bien décidés à lutter jusqu’à « la dernière goutte de sang et dernier grain de poudre »
Les actions furent chaudes de parts et d’autre, les pertes sanglantes. Le tir des batteries françaises installées sur Chaudanne et Bregille qui convergeait sur la ville et sur la citadelle faisait des ravages. La ville en difficulté attendit en vain les renforts de Charles IV que les actions de Turenne en Alsace avaient bloqué.
Une brèche apparue près du saillant d’Arênes et les durs combats qui s’y déroulèrent firent faiblir le courage des défenseurs qui finir par demander, le 15 mai à 8 heures, la capitulation.
Il restait à réduire la citadelle ou Vaudémont s’était enfermé. La mine et le canon vinrent à bout d’un pan de muraille qui s’écroula et permit l’assaut. Même si Vaudémont refusa de se rendre, il n’était plus possible de tenir. La garnison se mutina et se rendit le 21 mai. Le 23 mai, Louis XIV entra dans la citadelle avant de se rendre dans la cathédrale Saint-Jean où un Te Deum fut chanté.

 


Besançon
Capitale de la Franche-Comté
Le 23 mai 1674 Louix XIV entra dans la citadelle avant de se rendre dans la cathédrale Saint-Jean où un Te Deum fut chanté


 
Les Comtois entrent en résistance
 
Pendant le siège de Besançon les opérations continuaient en Franche-Comté et les places tombaient successivement : Poligny, Arbois qui eut à faire à M. d’Apremont puis Salins à Luxembourg. Et Dole qui vit arriver Louis XIV sous ses murs le 26. Dole qui allait tomber le 06 juin en onze jours de lutte.
Plus au nord, Faucogney, par sa résistance acharnée inscrivit une belle page de son histoire mais elle valut à sa populaton d’être massacrée.
La résistance de la campagne fut plus difficile à vaincre. Partout où l'armée passait, le Comtois tendait des embuscades, donnait la chasse aux Français. La guerre des partisans, la guerre des paysans, ces croquants, allumait cependant ses derniers feux.
 
Enfin la paix et la Franche-Comté française
 
La campagne de Franche-Comté avait été bien rude. Le peuple avait chèrement fait payer la perte de son indépendance. L’Espagne était prête se résoudre à recevoir la loi de ceux là même à qui elle l’avait longtemps donnée. Le roi était en position de dicter ses conditions parmi lesquels figurait la cession de la Franche-Comté. Le traité de Nimègues, signé le 10 août 1678 ratifia l’œuvre de conquête.


 

Édition 2009