La vie de saint Agricol — Évêque de Chalon sur Saône


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Ce texte est la reproduction intégrale du texte se rapportant à la vie de saint Agricol tiré de : 
LES PETITS BOLLANDISTES - VIES DES SAINTS
D’après le Père GIRY - Par Mgr Paul GUÉRIN
Bloud et Barral – Paris (1876)
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S. AGRICOL(1), ÉVÊQUE DE CHALON-SUR-SAONE († 580)
 
Agricol ou Arègle, comme l'appelle saint Grégoire de Tours qui vivait de son temps, et qui le connaissait très particulièrement, était de famille sénatoriale, c'est-à-dire de la première noblesse des Gaules :  la noblesse sénatoriale servait à distinguer les anciennes maisons gauloises ou romaines du pays d'avec les Francs et les Bourguignons qui avaient introduit une nouvelle noblesse : celle de l'épée. Il avait été également bien élevé dans les exercices qui servent à former l'esprit et le cœur, et il avait une grandeur d'âme qui réparait avantageusement ce que la petitesse de sa taille aurait pu lui ôter de crédit et d'autorité parmi les peuples qui se laissent ordinairement prévenir par l'apparence des choses extérieures et sensibles. Il était fort éloquent dans ses discours, fort poli dans ses manières, fort prudent dans ses résolutions et ses démarches, sage et modéré dans toute sa conduite. Ces excellentes qualités, qui le distinguaient extrêmement dans le monde, étaient rehaussées et sanctifiées par une piété solide, et par toutes les autres vertus convenables à un chrétien et à un évêque. Si l'on en croit la plupart des auteurs, il contracta dans sa jeunesse une amitié très étroite avec le célèbre Fortunat, poète chrétien, qui fut depuis évêque de Poitiers. Ils furent instruits dans la même école et sous la discipline d'un même maître. Cette école ne fut autre que la maison paternelle d'Agricol ; et ce maître commun ne fut autre que son père, qui reçut chez lui Fortunat, l'aima, l'entretint, le forma, et le pourvut comme son propre fils. Tant que vécut un si bon père, Fortunat ne regarda saint Agricol que comme son frère ; mais, lorsqu'il le vit mort, il conjura le fils, qui était déjà évêque, de vouloir prendre sa place à son égard, et de lui tenir lieu de père et de maître.
Ce fut l'an 532, sous le règne des enfants de Clovis, qu'Agricol fut élevé sur le siège épiscopal de Chalon-sur-Saône, après la mort de saint Sylvestre, sixième évêque de la ville. L'obligation de tenir son rang avec éclat et d'observer les bienséances de sa dignité avec le monde, n'apporta ni changement ni diminution dans son premier genre de vie austère et pénitente. Il vivait, selon saint Grégoire de Tours, dans une abstinence fort grande. Jamais il ne dînait, et il ne commençait à manger que sur le soir, ne prenant qu'un très léger repas. L'application qu'il apportait à édifier et à purifier les temples vivants du Saint-Esprit, n'empêchait pas qu'il ne s'occupât aussi à en bâtir de matériels, pour soutenir et augmenter la piété des fidèles ; il les embellit de marbre, de peintures à la mosaïque, et de divers autres ornements. Il travailla même à la réparation et à l'agrandissement de sa ville épiscopale, toujours porté au bien public et particulier de son peuple, tant pour le spirituel que pour le temporel, comme le père commun de son église et de sa patrie. Il n'était pas moins zélé pour le bien de l'Eglise universelle. Il souscrivit au troisième concile d'Orléans, tenu l'an 538, par le ministère du prêtre Avole qu'il y avait envoyé en sa place. Mais il assista en personne au quatrième de la même ville, l'an 541, et au cinquième, qui fut assemblé en 549 ; et de là il se transporta au second concile d'Auvergne, que l'on tint la même année, pour y faire confirmer, avec ses collègues, les canons et les beaux règlements qui s'étaient faits à Orléans, et pour rétablir l'uniformité de la discipline avec la pureté des mœurs et de la foi dans les églises de France. Il se trouva encore au second concile de Paris, assemblé l'an 555, et enfin au second de Lyon, sa métropole, l'an 567.
Le temps de son épiscopat fut honoré de la vie et des miracles d'un saint prêtre nommé Désiré, par corruption Dirié et Didier, reclus dans son diocèse. Pour procurer un nouvel ornement à sa ville, il transporta son corps du monastère de Gourdon, ou il était mort, dans l'église d'un hôpital de lépreux qu'il avait nouvellement fait bâtir aux faubourgs de Châlon.
Saint Agricol, après avoir gouverné son peuple pendant l'espace de près de quarante-huit années, mourut âgé de quatre-vingt-trois ans, l'an 580, qui était le cinquième du jeune Childebert, roi d'Austrasie, et il eut pour successeur saint Flavie, référendaire de Gontran, roi d'Orléans.
Il fut enterré dans l'église de Saint-Marcel, où son corps fut trouvé, l'an 878, avec ceux de saint Sylvestre, son prédécesseur, et du prêtre saint Dirié, dont nous avons parlé. L'évêque Girbold en fit la translation la même année, et l'on prétend que le pape Jean VIII, retournant de Troyes en Italie par la ville de Châlon, établit à cette occasion ou autorisa le culte public de ces Saints.
Ses reliques sont encore conservées et honorées de nos jours, dans l'église de Saint-Marcel, près de Châlon  elles sont placées sur le grand autel, avec celles du bienheureux martyr saint Marcel
Les historiens de sa vie rapportent un grand nombre de miracles opérés par l'intercession de ce miséricordieux serviteur de Dieu. Nous ne redirons qu'un trait de sa bienfaisance. Un homme nommé Salomon, natif de Touraine, aveugle depuis dix ans, reçut en songe l'avis d'aller en Bourgogne à l'endroit où il trouverait un monastère en l'honneur de saint Marcel. La voix du ciel l'avertissait qu'aussitôt qu'il se serait prosterné devant le tombeau de saint Agricol, qui était dans cette abbaye, il recouvrerait la vue par l'intercession de ce grand Saint. Cet infortuné se mit en chemin sous la protection d'un parent qui devait offrir un cierge au tombeau. Salomon n'avait pas encore fait la moitié du chemin, lorsque ses yeux commencèrent à s'ouvrir. Il arriva à Saint-Marcel parfaitement guéri. Il resta trois jours entiers auprès du mausolée de saint Agricol dans de continuelles actions de grâces d'un si grand bienfait. Puis on le vit retourner dans son pays sans avoir besoin de guide.


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1. Ou Arègle, ou Agrèle ou encore Agrécule : c'est sous ce dernier nom que saint Grégoire de Tours le désigne.
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Baillet ; Légendaire d’Autun ; Histoire de Châlon
 

N. d. R.
La table hagiographique du document : Vie des saints : appendices et tables générales attire notre attention sur les noms des saints qu'une corruption de langage a rendu entièrement méconnaissable.
L'auteur nous précise : "Les noms latins, correspondant aux noms français qu’une corruption de langage a rendu entièrement méconnaissables (ils sont fort nombreux), ont été l’objet de nos plus consciencieuses recherches".
C'est ainsi que pour saint Agricol l'auteur a répertorié les noms suivants :
 
S. Agrécule, Agricolus, évêque de Chalon-sur-Saône, honoré le 17 mars,
S. Agrèle, Agricolus, évêque de Chalon-sur-Saône, honoré le 17 mars,
S. Agricol, Agricolus, évêque de Chalon-sur-Saône et confesseur, honoré le 17 mars,
S. Agricol, évêque d’Avignon et confesseur, honoré le 2 septembre,
S. Agricole, Agricolaus, évêque de Maëstrich et confesseur, honoré le 5 février,
S. Agricole, Agricola, évêque de Nevers et confesseur, honoré le 26 février,
S. Agricole, prêtre et confesseur à Soissons, honoré le 20 octobre,
S. Agricole, martyr à Bologne, en Italie, honoré le 4 novembre,
S. Agricole, martyr en Hongrie, honoré le 3 décembre,
S. Agricole, martyr à Ravenne, en Italie, honoré le 16 décembre.
 
Dans cette liste, on constate que la traduction du nom latin "Agricolus" en Agricola ne figure pas pour désigner l'évêque de Chalon sur Saône, mort en 580. Cette traduction ou cette désignation est celle trouvée dans les textes modernes faisant mention de cet évêque.
 
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Grégoire de Tours en dit ceci : 
 
  En ce temps, mourut Agricola, évêque de Châlons, homme sage et d’un esprit poli, de race sénatoriale. Il éleva dans sa cité beaucoup d’édifices, arrangea des maisons, érigea une église qu’il soutint de colonnes, et orna de marbres variés et de peintures en mosaïque. Ce fut un homme d’une grande abstinence, ne faisant jamais d’autre repas que le souper, et il y demeurait si peu de temps qu’il se levait de table avant le coucher du soleil. Il était petit de stature, mais d’une très grande éloquence. Il mourut la quarante-huitième année de son épiscopat, la quatre-vingt-troisième de son âge. Il eut pour successeur Flavius, référendaire du roi Gontran.
Voir le site : remacle.org/bloodwolf/historiens/gregoire/francs5.htm

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