La vie de saint Sigismond — Roi de Bourgogne


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Ce texte est la reproduction intégrale du texte se rapportant à la vie de saint Sigismond tiré de : 
LES PETITS BOLLANDISTES - VIES DES SAINTS
D’après le Père GIRY - Par Mgr Paul GUÉRIN
Bloud et Barral – Paris (1876)
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SAINT SIGISMOND, ROI DE BOURGOGNE († 524)

SAINT SIGISMOND, ROI DE BOURGOGNE
524 - Pape : Saint Jean Ier. - Roi de France : Childebert Ier
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Rien de plus sublime qu'un roi qui les mains étendues sur le peuple, adore le Souverain commun des rois et des peuples
Sidoine Ap., Epist. ad Serranum


Une des plus belles œuvres du christianisme, c'est la conversion de ces peuples barbares qui envahirent l'Occident au cinquième siècle, et que !a religion arracha, par tant d'efforts à des mœurs sanguinaires, pour leur faire comprendre et pratiquer les vertus évangéliques. Il était difficile que cette œuvre de régénération s'opérât d'une manière complète dans ces âmes farouches. Aussi, malgré l'influence de la religion, la nature barbare reprenait quelquefois le dessus. De là vient ce mélange de vertus et de vices, de cruauté et de douceur, qu'on retrouve dans les caractères de cette époque, où le mal se montre souvent dans ce qu'il a de plus odieux, et le bien, dans ce qu’il a de plus sublime. Cependant, la foi finissait presque toujours l’emporter sur les instincts de la barbarie, et si les âmes se laissaient aller à quelque crime, le repentir venait bientôt en demander et en obtenir l'expiation, comme nous le voyons dans la vie de saint Sigismond.
Sigismond était fils de Gondebaud, roi de Bourgogne(1), qui s'en était rendu entièrement maître en faisant mourir son frère Chilpéric, père de sainte Clotilde de France. Grégoire de Tours a loué la piété de Carétène, sa mère. C'est cette princesse qui fit bâtir à Lyon l'église de Saint-Michel, où elle fut inhumée (506). Elle avait mis le plus grand soin à élever son fils Sigismond dans la religion catholique. Mais son zèle n'obtint pas tout le succès qu'elle avait cherché. Le roi Gondebaud était arien, et l'exemple du père fut fatal à la foi du fils, qui embrassa aussi l'arianisme. Cependant, un saint prélat, qui était alors l'oracle des Eglises de la Gaule, Avitus, évêque de Vienne, travaillait avec ardeur à ramener Gondebaud dans le sein de l'Église. Si ses efforts ne furent pas couronnés de succès, ils eurent au moins pour résultat d'éclairer Sigismond, qui, plus fidèle à la grâce et plus docile à la voix d'Avitus, abjura l'erreur et revint à la vraie foi. Cette conversion eut lieu longtemps avant la mort de Gondebaud, qui ne paraît pas l'avoir contrariée ; car il estimait Avitus, et reconnut même plusieurs fois secrètement la vérité du dogme catholique, sans oser le professer en public. L'exemple de Sigismond fut suivi par ses enfants, qui avaient été élevés, comme lui, dans le sein de l'arianisme. Sa fille, nommée Suavegothe, et son fils Sigéric, se convertirent à la voix d'Avitus. Ce saint évêque eut ainsi la joie de voir l'erreur disparaître presque entièrement de cette famille puissante, qui pesait alors d'un si grand poids sur les destinées de la Gaule. Il prononça, à cette occasion, une homélie dont il ne nous reste que le titre et qui était, dit Agobard, aussi admirable par la beauté des pensées que par l'harmonie des expressions.
Sigismond, avant d'être élevé au trône, fut nommé, comme son père, patrice de l'empire dans les Gaules. Les princes bourguignons se tenaient très honorés de cette dignité, que leur conféraient les empereurs d'Orient, dont ils se glorifiaient d'être les mandataires. Sigismond avait épousé, dès l'an 493 ou 494, Ostrogothe, fille de Théodoric, roi d'Italie. Son père, en lui faisant contracter cette union, avait voulu s'assurer dans Théodoric un puissant allié contre les entreprises de Clovis, roi des Francs, dont le voisinage l'inquiétait. En 513, Gondebaud associa son fils au trône, et le fit couronner à Genève. Dès ce jour, Sigismond eut à gouverner spécialement cette partie des États de Bourgogne, qui comprenait l’Helvétie occidentale et la Séquanie, avec Genève pour capitale. Sigismond, élevé à la dignité royale et éclairé de la lumière de la foi, s'appliqua à réparer par ses bonnes œuvres le tort qu'il avait fait à la religion par ses erreurs. C'est dans cette vue qu'il commença, dès l'an 515, à relever et à agrandir le célèbre monastère d'Agaune(2). Ce monastère avait été fondé, à une époque antérieure, par les religieux de Condat. Mais il était, depuis, tombé en décadence, et, à ce moment, des prêtres et des laïques y habitaient confusément. Alors, nous dit un chroniqueur du temps, saint Maxime, évêque de Genève, exhorta le roi Sigismond à remettre en honneur ce lieu, sanctifié autrefois par le martyre de la légion thébaine, et à en écarter cette foule de gens de tout sexe et de toute condition, qui y avaient établi leur demeure. Il était juste qu'un lieu illustré par le courage de généreux athlètes de la foi, ne fût habité que par des hommes consacrés à la prière, et dont les vœux appelleraient sur le prince les bénédictions du ciel. Le roi assembla donc un conseil à ce sujet. On y décida que toutes les femmes et les séculiers établis à Agaune en seraient exclus, et qu'on y établirait une communauté de moines occupés à célébrer nuit et jour les louanges de Dieu.
Grâce à la munificence du prince, le monastère et l'église furent rebâtis dans de vastes proportions. Saint Avitus, évêque de Vienne, saint Maxime, de Genève, et saint Viventiole, de Lyon, avaient à cœur de relever la vie monastique dans ces lieux, et furent les principaux moteurs dans cette entreprise. Sur ces entrefaites le roi Gondebaud mourut (516), et Sigismond, élevé sur le trône de son père, brisa les entraves qui pesaient encore sur les Églises de la Gaule, et rendit aux évêques toute la liberté dont ils avaient besoin pour assembler des conciles et accomplir de grandes œuvres. Les bâtiments du monastère d'Agaune étant terminés, le roi y convoqua le Ier mai 516, une assemblée d'évêques et de seigneurs. On remplaça l'ancienne règle par une constitution nouvelle, suivant laquelle les religieux seraient exempts du travail des mains et tenus de chanter au chœur sans interruption, auprès des reliques vénérées des martyrs thébains. C'est ce qu'on appela le laus perennis ou psalmodie perpétuelle.
Pour remplir cet office, le nombre des religieux devait être considérable. On en fit venir de Lérins, de Grigny, de l’Ile-Barbe et de Condat, et on leur donna saint Hymnemode pour abbé. Sigismond pourvut à leur subsistance avec une libéralité vraiment royale. Il fit rédiger un acte authentique des donations qu'il faisait aux moines d'Agaune.
L'année qui suivit cette donation (517), vingt-quatre évêques, qui appartenaient aux huit provinces ecclésiastiques de la Bourgogne, se réunirent, le 6 septembre, en concile national à Epaone, pour s'entendre, sur les réformes à introduire dans les Églises de la Gaule. Ce fut après ce concile qu’eut lieu la dédicace de la basilique d'Agaune, le 22 septembre, jour de la fête des martyrs thébains, et saint Avitus prononça dans cette circonstance un discours dont il ne nous reste que le titre.
L'Église des Gaules reflorissait, grâce au zèle éclairé de ses évêques et à la liberté que leur avait rendue Sigismond. Ce prince, depuis sa conversion, s’appliquait à faire disparaître l'hérésie de ses États, et à y mettre en honneur le culte du vrai Dieu. C'est le témoignage que lui rendait saint Avitus, dans les lettres qu'il lui écrivait souvent. Cependant, cette heureuse harmonie qui régnait entre le roi Sigismond et les évêques des Gaules, fut un instant troublée. Un concile, tenu à Lyon en 518, ayant frappé d'anathème un seigneur de la cour, qui avait contracté un mariage incestueux, Sigismond, trompé par des conseillers perfides, prit la défense de ce courtisan et exila les courageux évêques à Sardines. Mais il comprit bientôt que le rôle de persécuteur est toujours odieux, et, plein d'admiration pour la constance des saints prélats, qui avaient mieux aimé plaire à Dieu qu'aux hommes, il les rappela dans leurs diocèses.
Sigismond gouvernait son peuple avec justice, et tout semblait annoncer la prospérité de son règne, lorsqu'un événement tragique vint jeter sur lui la honte et le malheur. Ici nous laissons parler Grégoire de Tours : « Sigismond », dit-il, « ayant perdu sa première femme, Ostrogothe, fille de Théodoric, roi d'Italie, dont il avait eu un fils nommé Sigéric, en épousa une seconde. Mais celle-ci, selon la coutume des belles-mères, se mit à maltraiter le fils de son mari et à lui susciter des querelles. Or, un jour de fête, le jeune homme, reconnaissant sur elle les vêtements de sa mère, lui dit, le cœur plein de courroux : Tu n'étais pas digne de porter sur tes épaules ces vêtements, qu'on sait avoir appartenu à ta maîtresse, c'est-à-dire à ma mère. Transportée de fureur, elle excite alors Sigismond par des paroles insidieuses : Ce fils pervers, dit-elle, aspire à s'emparer de ton royaume, et se propose, après t'avoir fait périr, d'étendre ses États jusqu'en Italie, en se rendant maître du royaume que possédait dans ce pays son aïeul Théodoric. Il sait bien que tant que tu vivras, il ne peut accomplir son dessein, et qu'il ne s'élèvera que par ta ruine. Sigismond, excité par ces accusations perfides et se laissant aller aux conseils de sa méchante femme, devint un cruel parricide. Un jour, sur l'après-midi, comme son fils était appesanti par le vin, il lui ordonne d'aller dormir, et, pendant son sommeil, on lui passe autour du cou un mouchoir noué sous le menton ; puis deux serviteurs, tirant chacun un bout de ce mouchoir, l'étranglent (522). Aussitôt que cela fut fait, le père, se repentant, mais trop tard, se précipita sur le cadavre de son fils, et se mit à pleurer amèrement. On rapporte qu'un vieillard lui dit alors : — C'est sur toi que tu dois pleurer maintenant, toi qui, par suite d'un perfide conseil, es devenu un cruel parricide ; celui que tu as fait périr innocent n'a pas besoin qu'on le pleure. Cependant le roi se rendit au monastère de Saint-Maurice, et y passa un grand nombre de jours dans les larmes et dans les jeûnes pour y implorer son pardon ».
Le crime de Sigismond était grand sans doute. Mais ce qui semble en diminuer l'horreur, c'est que ce prince, persuadé que son fils était coupable, se crut obligé de mettre la raison d'État au-dessus des sentiments de la nature. Du reste, les remords dont il fut déchiré, les larmes qu'il répandit, la pénitence à laquelle il se condamna, lui obtinrent grâce devant le ciel. Car si Dieu punit son crime par la révolte de ses sujets, il glorifia son repentir en illustrant son tombeau par des miracles, et la religion l'honora plus tard du titre de saint, comme elle en avait honoré David pénitent et Madeleine repentante.
Sigismond s'humiliait à Agaune, sous la cendre et le cilice, conjurant le ciel de tirer vengeance en ce monde du mal qu'il avait fait, et de n'en pas réserver la punition après cette vie. Dieu exauça le roi pénitent, et lui envoya des disgrâces pour le sauver éternellement. Les princes francs, moins touchés de son repentir que frappés de son parricide, crurent l'occasion favorable pour s'emparer de ses États. Ils espéraient que les grands du royaume de Bourgogne, irrités contre leur roi, ne prendraient point sa défense, et que Théodoric, saisi d'horreur en apprenant la mort de son petit-fils abandonnerait Sigismond à la vengeance des princes et à la justice de Dieu. La reine Clotilde elle-même excitait ses enfants à venger contre les Bourguignons la mort de son père Chilpéric, que Gondebaud avait fait mourir. Sigismond, réveillé par ces bruits de guerre, sort de sa retraite et vient à Lyon. Pour intéresser à sa cause le plus puissant des fils de Clovis, Thierry, roi d'Austrasie, il lui avait donné en mariage sa fille Suavegothe. En conséquence, Thierry resta neutre dans cette guerre. Mais les fils de Clotilde, Clodomir, Clotaire et Childebert, étaient déjà en campagne avec une puissante armée. Ils présentèrent la bataille à Sigismond et à son frère Gondemar. Ces deux princes, trop faibles pour soutenir l’attaque des Francs, furent aussitôt mis en déroute. Gondemar parvint à se sauver. Mais Sigismond, ayant essayé de fuir vers Agaune pour y chercher un asile, fut poursuivi par ses propres sujets, qui se joignirent aux Francs. Découvert dans un lieu nommé Versallis(3), où il s'était revêtu d'un habit de moine, il fut pris et livré à Clodomir, qui fit emmener à Orléans ce roi infortuné, avec sa femme et ses deux jeunes fils (523).
Cependant, la plupart des soldats bourguignons étaient restés fidèles à la cause de leur prince. Gondemar les rallie, et veut encore une fois tenter la fortune à la tête de cette armée. Il attaque les Francs, les refoule sur leurs terres, leur reprend leur conquête et se fait proclamer roi de Bourgogne. Mais cette victoire fut aussi peu durable qu'elle avait été rapide. « Clodomir », dit Grégoire de Tours, « se disposant à marcher de nouveau contre les Bourguignons, résolut de faire mourir Sigismond. Le bienheureux Avitus, abbé de Saint-Mesmin de Micy, à deux lieues environ d'Orléans, prêtre fameux dans ce temps-là, lui dit à cette occasion : — Si, tournant tes regards vers Dieu, tu changes de dessein, et si tu ne souffres pas qu'on tue ces gens là, Dieu sera avec toi, et tu obtiendras la victoire ; mais si tu les fais mourir, tu seras livré toi-même aux mains de tes ennemis et tu subiras leur sort : il arrivera à toi, à ta femme et à tes fils ce que tu auras fait à Sigismond, à sa femme et à ses enfants. Mais Clodomir, méprisant cet avis, répondit à Avitus : — Ce serait une grande sottise de laisser un ennemi chez moi quand je marche contre un autre : car l'un m'attaquerait par derrière, et l'autre de front, et je me trouverais jeté entre deux armées. La victoire sera plus sûre et plus facile si je les sépare l'un de l'autre. Le premier une fois mort, il sera aisé aussi de se défaire du second ». Il livra donc au glaive Sigismond, avec sa femme et ses deux fils, et les fit jeter dans un puits, près de Coulmiers, village du territoire d'Orléans (524).
Telle fut la fin tragique de ce prince, dont la mort fut bientôt suivie la ruine définitive de son royaume. En effet, Clodomir, après le meurtre de Sigismond, se dirigea contre les Bourguignons, qu'il attaqua près du village Véséronce, entre Vienne et Belley. Il fut tué dans la mêlée. Mais ce malheur, loin d'abattre les Francs, exaspéra leur courage, et, selon Grégoire de Tours, ils mirent en fuite Gondemar, écrasèrent les Bourguignons, et soumirent tout le pays à leur pouvoir.



CULTE ET RELIQUES DE SAINT SIGISMOND

La mort violente de Sigismond parut une expiation suffisante de ses fautes, et les peuples que sa chute avait révolté ne songèrent plus qu'à la pénitence qu'il en avait faite. Peut-être, dit un historien, si tout son règne eût été sans tache, il n'aurait servi le Seigneur ni avec assez d'humilité, ni avec assez de crainte. On lui donna, selon la coutume de ce temps, le titre de Martyr, qu'on attribuait aux saints immolés pour une cause quelconque. Son corps, ceux de sa femme et de ses enfants, restèrent trois ans dans le puits de Coulmiers, et pendant ce temps, disent ses Actes, on y vit souvent une lampe miraculeusement allumée. Les peuples accoururent à ce lien pour y vénérer le saint roi ; et il plut à Dieu d'y opérer des miracles par l'intercession de saint Sigismond. On y bâtit, dans la suite, une chapelle, et les maisons qui s'élevèrent peu à peu autour de ce sanctuaire, formèrent un village qui, dès le temps de Charles le Chauve, s'appelait le Puits de saint Sigismond, ou simplement Saint-Sigismond. On y construisit également un prieuré de l'Ordre de Saint-Benoît, dont la collation appartenait à l'abbé de Saint-Mesmin. Mais c'est surtout à Agaune que le culte de saint Sigismond fut en honneur. Ambroise, abbé de ce monastère, avec l'aide d'Ansémonde, seigneur bourguignon, qui avait toujours été fidèle au roi, obtint du roi Thierry la permission de retirer son corps du puits de Coulmiers. Il le fit transporter à Agaune, où on l'ensevelit honorablement dans l'église de Saint-Jean-l'Evangéliste. C'est là que les fidèles vinrent implorer la protection du roi pénitent, et les grâces qu'on y obtient, écrivait Grégoire de Tours, sont une preuve qu'il est mis au nombre des Saints. On y célébrait une messe spéciale en son honneur, et on l'invoquait particulièrement pour être délivré des atteintes de la fièvre. Le culte de saint Sigismond est très répandu dans la Savoie, qui avait fait partie de son royaume de Bourgogne. Saint-Sigismond-sur-Aime, Saint-Sigismond, près d'Albertville (diocèse de Tarentaise), Saint-Sigismond près d'Aix-les-Bains (Chambéry), Saint-Sigismond, près de Cluses (Annecy), passent pour être contemporains de l'époque burgonde ; ou y trouve une assez grande quantité d'antiquités romaines.
Quelques reliques de saint Sigismond furent successivement transportées à Notre-Dame des Ermites, en Suisse, et à Prague, en Bohême, où l'on célébrait sa fête le 11 mai, sous le rite double de seconde classe. Ce fut l'empereur Charles IV qui, l'an 1366, fit transporter à Prague le chef de saint Sigismond. À Agaune, elles étaient conservées dans une châsse d'argent, avec celles des fils du saint roi, Giscalde et Gondebaud. Une de ses reliques est au Carmel d'Amiens.
Le nom de Sigismond est inscrit dans les plus anciens Martyrologes, et en particulier dans le Martyrologe romain. Sa fête, célébrée dans un grand nombre d'églises de Bohême, d'Allemagne, d'Italie (Crémone), d'Espagne, de Suisse, etc., l'est aussi depuis longtemps dans le diocèse de Besançon, sous le rite double (30 avril).— Les attributs de saint Sigismond dans les arts sont une église qu'il porte sur la main, et la figure d'un puits. Son genre de mort explique ce dernier symbole, et la fondation de l'abbaye de Saint-Maurice, le premier.



 
1.— Les Bourguignons ou Burgondes étaient une des principale tribus des Vandales, suivant Pline et Zozime. Ce point d'histoire a été fort bien éclairci par Mille.
 
Les Bourguignons s'établirent d'abord le long de la Vistule, dans la Prusse. En 407, ils passèrent le Rhin, et entrèrent dans les Gaules. En 413, Gondicaire, leur premier roi, conquit le pays situé entre le Haut-Rhin, le Rhône et la Saône. Peu après, il étendit sa domination ; et l'État qu'il forma comprenait ce qu'on appela depuis le duché du Bourgogne, la Franche-Comté, la Provence, le Lyonnais, le Dauphiné, la Savoie, etc. Il régna jusqu'en 463, comme on le voit par sa lettre au pape Hilaire, et par la réponse de ce Pape, qui l'appelle son fils etc.
Chilpéric, son fils et son successeur, fut zélé catholique. Après un règne de vingt-huit ans, Il fut assassiné avec sa femme, ses fils et son frère Godomar, par Gondebaud, son autre frère, qui avait embrassé l'arianisme. Celui-ci mourut en 516, et laissa deux fils, Sigismond et Godomar. Il réforma le code des lois bourguignonnes, appelé de son nom loi Gombette. Il fit venir à Genève, où était sa cour, les deux filles de son frère Chilpéric. Chrone, l'aînée, prit le voile ; Clotilde, la cadette, épousa Clovis, roi des Francs. Celui-ci déclara la guerre à Gondebaud pour venger la mort de Chilpéric ; mais il fit depuis la paix avec lui. Clodomir, roi d'Orléans, et ses frères, attaquèrent saint Sigismond, qui fut fait prisonnier et mis à mort en 524. Dix ans après, les rois de France partagèrent entre eux le royaume de Bourgogne. Gontran, fils de Clotaire Ier, prit le titre de roi de Bourgogne, et régna à Chalon-sur-Saône, quoique Sigebert, son frère, possédât une grande partie de ce pays. Childebert, fils de Sigebert, et Thierry II, fils de Childebert, prirent le même titre. Il fut éteint en 613 ; mais Charles, le dernier des fils de l'empereur Lothaire, le fit revivre avec celui de roi de Provence, puis de roi d'Arles. La Haute-Bourgogne fut appelée Franche-Comté(**), parce qu'elle ne devait que le service militaire.
Nous voyons les Bourguignons chrétiens et catholiques, peu de temps après qu'ils eurent passé le Rhin et qu'ils se furent établis en France. Sozomène met leur conversion vers l'an 317. Il n'est donc pas vrai qu'ils tombèrent dans l'arianisme presque aussitôt après avoir embrassé le christianisme. Suivant Socrate, Nicéphore, Orose, etc.. ils furent zélés catholiques jusqu'à la fin du Ve siècle ; ils ne persistèrent même dans l'arianisme que durant le règne de Gondebaud, qui fut le troisième de leurs rois.
(Voir Mille, Abr. chron. de l'Hist., cccl; civ. et littér. de Bourg., an 1771.)
 
2.— Aujourd'hui Saint-Maurice-en-Valais
 
3.— Les Bollandistes ont pensé que Versallis l’endroit où saint Sigismond se réfugia, était dans le voisinage de Lyon. Mais, d'après une histoire manuscrite de l'abbaye d'Agaune, ce lieu est situé au-dessus du rocher qui couvrait ce monastère, et s'appelle encore Verossa. C'est là que Sigismond se retira après sa défaite. Il y vécut quelque temps en ermite, se fit couper les cheveux et prit l'habit religieux. Quelques Bourguignons vinrent l'y trouver, et, feignant d'être touchés de son malheur, lui conseillèrent de se retirer au monastère. Sigismond écouta leur conseil ; mais quand il arriva aux portes d'Agaune, il fut investi par ses ennemis et conduit à Clodomir, qui tenait déjà la reine de Bourgogne et ses deux fils prisonniers à Orléans.
L’ermitage de Verossa continue à être habité, même de nos jours, par un solitaire : il n'est pas un pèlerin ni un touriste qui ne fasse l'ascension du rocher. Près de l'ermitage est une chapelle très-proprette où l'on se sent élevé entre ciel et terre et où il fait bon prier.


Voir l'épitaphe de la mère de saint Sigismond, dans Duchesne, t. Ier ; consulter en outre, sur les divers événements qui se rapportent à la vie de saint Sigismond : Grég. de Tours, De miraculis S. Juliani, c. 7 et 8 ; Hist. des Francs, 1. III, c. 5 ; De gloria Martyr., 1.Ier, c. 75 ; Epitome, c. 34 ; les œuvres de saint Agobard, de Lyon, et de saint Avite, de Vienne ; Frodoard, Hist. de Reims, 1. II ; Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, passim ; la Chronique de Sigebert et l’Histoire de France d'Aimoin ; Ch. de Saussaye, Annales de l'église d'Orléans ; le Sacramentaire gallican, édité par Mabillon, qui donne la Messe propre de saint Sigismond ; le Missel de Prague du XVe siècle, où l'on trouve une belle prose en son honneur ; les Bollandistes au 22 septembre, et enfin la Vie des Saints de Franche-Comté, Besancon, 1856
 

N. d R. :
*— Zozime ou Zosime, chroniqueur byzantin (Ve s.;). Son « Histoire nouvelle » couvre principalement le IVe s. apr. J.-C.
  **— « La Comté de Bourgogne, dit le bénédictin Dom Plancher, a depuis été appelée Franche-Comté, parce qu'elle n'était point sujette aux charges ordinaires établies et exigées dans les autres provinces ; qu'elle ne payait point de tribus pécuniaires forcés, c'est-à-dire imposés par le souverain auquel elle ne devait que le service militaire ; si elle ajoutait quelques services pécuniaires, ils étaient libres, volontaires, et gratuits ». Ces immunités seraient à l'origine du nom de Franche-Comté.
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