Protégée sur son flanc ouest par la Saône, au sud par les marais, la Cité s'est vite dotée de murailles et de tours pour compléter sa défense et devenir une place forte.


 errou de la traversée de la Saône, passage obligé entre Dijon et Dole, les deux capitales de la Bourgogne, déjà protégée sur son flanc ouest par la Saône, au sud et à l’est par les marécages qui l’entouraient, la cité d’Auxonne a depuis le début du XIIIe siècle complété son système de défenses naturelles par la construction d’une enceinte fortifiée. Les vestiges des fortifications construites au XVIIe siècles, qui restent visibles aujourd’hui, ne laissent pratiquement rien deviner des quatre siècles d’efforts et de sacrifices déployés par tant de générations besogneuses pour mettre en sûreté ce point de passage d’une grande valeur stratégique.

Un rempart de terre

La charte de commune de 1229 qui régissait les institutions de la ville, accordée par le comte de Bourgogne Étienne III, nous éclaire sur la nature de cette première enceinte. Cette charte y indique, entre autres, qu’une amende est prévue pour les bêtes échappées commettant un dommage à la « cloison » de la ville. À cette époque, la ceinture fortifiée, qui enveloppait la ville était faite de remparts de terre palissadés, doublé d’un fossé en eau. « Les textes des XVe et XVIe siècles soulignent, pour les fronts opposés à la Saône, que le fossé en eau était séparé en deux par un dos d’âne et bordé de haies d’épineux, et qu’une lice séparait les deux enceintes1 ».

À quelle date ce rempart de terre fut-il édifié en pierre ? Les érudits nous indiquent qu’aucun indice ne permet de cerner la date d’érection en pierre de cette enceinte. Cependant, P. Camp tient pour à peu près certain, en se basant sur les dates où les tours sont mentionnées, généralement parce qu’elles font l’objet de réparations, que la ville devait avoir, dès la première moitié du XIVe siècle, sur ses trois fronts de terre, le système de doubles murs qu’on lui connut en 1673.

Vingt trois tours et deux tournelles

À la période ducale, la protection de la ville reposait sur ce périmètre fortifié de près de 1 100 toises (2600 mètres), plus vaste que celui de Dole, capitale de la Comté, (d’après Rousset : Notice sur Dole, cité par P. Camp). Cette enceinte complètement fermée, est constituée, -hormis sur le front de Saône-, d’un système de doubles murailles (Les plans de la ville avant les travaux du vicomte d’Aspremont, (1673) attestent bien de l’existence de ce système). Elle est épaulée (selon un inventaire fait le jeudi 3 avril 1478 par le maire Girard Robot qui redoutait l’attaque des Français), par vingt-trois tours, deux tournelles et un pont fortifié près des moulins2.
P. Camp a pris le soin de toutes les nommer : (Situation à la fin du XVe siècle ; après construction du château Louis XI) dans « Histoire d’Auxonne au Moyen Âge » :

  • • - Tour Chastillon ou Jean Rouhier (Aujourd’hui appellée tour du Cygne)
  • • - Tour Suzon
  • • - Tour Belvoir
  • • - Tour Belregard
  • • - Tour aux curés
  • • - Tour aux lombards
  • • - Tour Jacquel
  • • - Tour Crot Brenot
  • • - Tour Cornevin
  • • - Tour Oudot Garnier
  • • - Tour au gros Girard
  • • - Tour du pied de Biche alias Maître Jehan, ancienne tour au chault
  • • - Tour de Soone
  • • - Tour des Moulins
  • • - Tour Notre-Dame
  • • - Tournelle Gogart
  • • - Tournelle Girot Bassaud
  • • - Tournelle Fiolle
  • • - Tour du Boichot ou du Béchaux
  • • - Tour Pavillon
  • • - Tour Chalofflot
  • • - Tour Grippon
  • • - Tour Malpas
  • • - Tour Prélot

Auxonne place forte — Situation à la fin du XVe

Retrouvez tours, tournelles, portes, bastions, Brizotte, trou Marion, Moulins de Saône et portière, Moulins de la Brizotte, rues des Lices, rue du Chasnoy, rue Couperie, rue des Pelletiers, le quartier de la rue Perdue et bien d'autres encore ainsi que leur localisation sur la reproduction d'un croquis réalisé par P. Camp dans « Histoire d'Auxonne au Moyen-Âge »

Miniature de la reproduction du dessin de P. Camp
Pour voir la reproduction grand format du
dessin réalisé par P. Camp
(Cliquez sur le lien) : Auxonne au XVe siècle

Toutes ces tours et tournelles de l’'enceinte médiévale qui faisaient d’Auxonne une place forte, sont aujourd’hui disparues, à l’'exception de la tour Chastillon, mais elle est noyée dans la tour du Cygne que nous connaissons aujourd’hui, de la tour Belvoir, (photo ci-dessous), d’un moignon de la tour Oudot Garnier et des fragments des tours Maître-Jehan, et de Soone absorbées, elles aussi, dans les tours du pied de Biche et du bastion de Beauregard lors de la construction du château Louis XI.

La Tour du Signe, ancienne tour Chastillon ou Jean Rouhier, située côté septentrional de la ville, à l'un des angles de l'ancienne muraille, a fait l'objet de travaux de renforcements importants à l'époque de la Renaissance. Elle porte sur sa face orientale, dans sa partie haute et gravée dans la pierre, une Salamandre, l'emblème du roi François Ier.

La tour de Belvoir La salamandre, gravée dans la pierre

Photo de droite :
La tour de Belvoir En vieille coquette, elle ne dévoilera son âge qu'au visiteur avisé
Photo de gauche :
La Salamandre gravée dans la pierre de la tour du Cygne







Quatre portes aux quatre points cardinaux

Quatre portes disposées aux quatre points cardinaux de la ville -(portes mentionnées au XIVe siècle)- contrôlaient les échanges avec l’extérieur. Les deux portes principales, ouvraient le passage ouest–est, (Dijon–Dole) : côté Dole la porte dite de Dampnot, (attestée en 1327) ; côté Dijon la porte dite Dijenoise commandait le passage du pont de Saône et la voie vers Dijon. Les deux portes secondaires, celle du nord, dite de Flammerans (attestée en 1325), donnait le passage vers Gray et celle du sud, dite de Pantesson (attestée en 1358) s'ouvrait vers Chalon.

La muraille de Saône

Les difficultés de construction de la muraille du front de Saône en faisait pour l'époque, techniquement, une grosse affaire. C’est à partir de 1411 qu’on entreprit de remplacer l’ancienne palissade du front de Saône jusqu’alors constitué de pieux et de haies d’épines où ce système y est attesté en 1374. La construction de « la muraille devers la rivière » – (ainsi dénommée dans une lettre de 1423 de Marguerite de Bavière) se fit au prix d’efforts considérables.
Il ne fut pas aisé d’asseoir la muraille sur un terrain d’alluvions, sans consistance et imprégné d’eau. Commencés aux deux extrémités, vers les moulins et au nord vers le Béchaux, les travaux durèrent jusqu’en 1429. La pierre, totalement absente sur le territoire sablonneux d’Auxonne fut charriée depuis Chevigny ou Jouhe dans des chars tirés par quatre ou cinq chevaux faisant deux voyages par jours, sur des chemins remplis de fondrières où les ornières devaient être continuellement bouchés avec des fagots. Même si P. Camp a relevé l’existence d’un engin de charpenterie pour hisser les lourdes pierres, il nous révèle qu’il a trouvé dans les comptes « plus d’un paiement à des chambrières (bonnes de bourgeois ou d’ecclésiastiques) qui montèrent sur leur dos les quarrons et les hottées de ciment3 ». Ces quelques mots nous disent l’immense effort et les mille sacrifices, la sueur versée par la population et qui valurent la reconnaissance de Philippe le Bon dans des lettres patentes du 23 décembre 1424 : « La place de notre ville d’Auxonne est très belle, forte et bien fermée de murs et de fossés ».

Ces belles murailles devaient être protégées des infiltrations des eaux de pluie. Le chemin de ronde de l’enceinte intérieure reçut une couverture de tuile.
Une tibériade du XVIe siècle nous montre effectivement l’enceinte, côté Saône, avec son chemin de ronde couvert.
P. Camp, avec une admiration légitime pour l’effort accompli par la population, ajoute que « les remparts médiévaux avaient fière allure ». Leur dispositif, à double murailles, ajout-il, était identique à celui de Carcassonne.
Techniquement, on peut dire que cette enceinte était constituée d’une courtine, qui est la muraille principale, et quelques mètres plus en avant, d’une enceinte basse appelée « braie », au-delà de la braie d’un fossé en eau. Entre la courtine et l’enceinte basse, un espace appelé lice.

Des tours "albarranes"

Une particularité archéologique spécifique aux fortifications d’Auxonne interpelle les spécialistes : toutes les tours de la période ducale sont détachées en avant des courtines, traversent la braie et débordent sur le fossé. Une tour d'angle des remparts d'Aigues-Mortes Ce principe de la tour détachée leur est bien connu. Ils le désignent sous le nom de « tour albarrane4 ». Mais, l’originalité qu’ils relèvent à Auxonne est, je cite : « d’avoir tenté de systématiser le principe de la tour philipienne, tour détachée dans le fossé sur un angle de l’enceinte (comme à Dourdan ou à Aigues-Mortes) aux flanquements courants de l’enceinte, dont chacun des 19 composants fonctionne comme autant de réduits face aux braies et aux courtines qu’elle domine ». Ce dispositif ajoutent-ils, est un cas unique apparemment sans lendemain en France.



L'application de ce principe qui donne une position avancée à la tour par rapport à la courtine, réunit plusieurs avantages. Ainsi placée, la tour était en mesure de surveiller le fossé et d’éviter toute attaque en barque. Rendue indépendante de la courtine, il lui était permis de battre à revers le chemin de ronde occupé. De plus, en cas d’effondrement cela permettait d’éviter l’amoncellement des décombres au pied de la muraille.

Alors les spécialistes s’interrogent ? Qui a bien pu être, à Auxonne, dans la période qu’ils situent probablement dans la deuxième moitié du XIIIe siècle5 , le concepteur d’un système bien connu en Orient ? Ils émettent plusieurs hypothèses sans en retenir une seule : un maître d’ouvrage fin connaisseur de l’Orient ? Un croisé traducteur de Vitruve ou assiégeant des enceintes byzantines ? Un maître d’œuvre castillan émigré en Bourgogne ? La question n’a, semble-t-il, pas encore reçu de réponse.


Le 04 Juin 1479 Auxonne ouvrait ses portes aux soldats français de Charles d'Amboise, lieutenant général du roi de France. L'exemple de Dole, tombée le 25 mai, aux mains des Français dans un affreux carnage avait donné à réfléchir. Même forte, Auxonne ne pouvait s'entêter à défier le roi. Le 12 juin, les habitants prêtaient serment de fidelité à Louis XI. Le Duché de Bourgogne tombait sous la domination française et retournait dans le domaine royal.
Auxonne, redevenue alors ville frontière justifiait la poursuite de travaux de défense.

Une enceinte, œuvre de François de la Motte-Villebret

Louis XIV dans sa conquête de la Franche-Comté sentit le besoin de mettre ces remparts en état de résister aux tirs de l'artillerie de son époque. Les travaux de modernisation des remparts commencèrent en 1673. Grâce aux talents en matière de construction militaire de François de la Motte-Villebret, comte d'Apremont, la ville fut dotée d'une magnifique ceinture défensive. Cette nouvelle enceinte à huit bastions fut réalisée à la place de la muraille médiévale qui fut totalement rasée ou incorporée dans les nouveaux ouvrages. Vauban ne semble pas s'y être intéressé avant 1679.
L'annexion de la Franche-Comté au traité de Nimègue en 1678, approximativement aux moments de la fin des travaux de renforcement, fait perdre à Auxonne son statut de ville frontière.

Un plan d'Auxonne après les travaux du comte d'Apremont

Ci-contre un plan de la ville d'Auxonne après la construction des remparts en 1679. On y voit les ouvrages à corne proposés par Vauban



 



 




Cette ceinture défensive fut à nouveau complétée en 1826 devant la menace autrichienne.

De cette époque, le touriste peut voir la courtine casematée qui protège le flan sud du château.

Les remparts sud aujourd'hui

Cette vue montre une partie des remparts du fronton Sud

Les immeubles d'habitation que l'on peut voir rue des Ursulines sont implantés sur les remparts qui datent de cette époque.

Déclassé militairement en 1895, la fortification est partiellement détruite avant 1914. Fin XIXe et début du XXe siècle, la ville trop à l'étroit dans son corset de pierres, se débarrassa sans sourciller d'une partie de cette enceinte en jetant en même temps une partie de son passé.



RENVOIS :
 
1 - (Tiré de : Congrès Archéologique de France, Côte d’Or, Dijon, la Côte et le Val de Saône, Article : Les tours albarranes de l’enceinte d’Auxonne, par P. Dangles, N. Faucherre, B. Collet, et M. Speranza. p. 297-315, – 1994).
2 - P. Camp, op. cit., p.136
3 - P. Camp, op. cit., p.136
4 - Les castellologues désignent ce types de tours hors le château, qu’ils considèrent comme propre à l’architecture militaire de l’Espagne islamique, comme « torres albarranas » « barrani » signifiant en arabe « extérieur » ; cf. Philippe Araguas, « La tour hors le château », dans Actes du colloque de castellologie de Flaran, le château et la tour, Lannemezan, 1985, p.27 à 39. Ces indications sont tirées de : « Les tours albarranes de l’enceinte d’Auxonne – Congrès Archéologique de France – Côte d’Or, Dijon, la Côte et la Val-de-Saône.
5 - (P. Camp nous a dit précédemment qu’elles devaient exister dans la première moitié du XIV è siècle).


Édition 2009